Le blog déménage là. Je vous remercie pour votre attention.
1/12/2008
Le blog déménage
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Psychanalyse du suicide quotidien
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1/12/2008 08:14:00 PM
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Ophélie se casse le cou
Revenons au suicide d’Ophélie dans Hamlet, la pièce de Shakespeare. Je continue à suivre le texte de près, ne serait-ce que parce que Lacan l’a fait en détail dans son séminaire sur l’angoisse en 1958.
La mère d’Hamlet, Gertrude, s’est installée avec le Roi aussitôt la mort de son mari. Lire la suite.
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1/12/2008 04:41:00 AM
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1/10/2008
Lacan, le réel du suicide aux limites du discours
Lacan J., D’un discours qui ne serait pas du semblant, le séminaire livre XVIII, Paris, Seuil, 2007
« Il est du destin des êtres parlants de se répartir entre hommes et femmes » Lire la suite
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1/10/2008 07:29:00 AM
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Libellés : réel
1/04/2008
IRM et suicide: les lendemains qui chantent
De mauvaises nouvelles pour le dialogue. Lire.
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1/04/2008 06:42:00 AM
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Libellés : Actualité
Baechler : fuir par le suicide ?
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1/04/2008 05:39:00 AM
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12/16/2007
Les « indicateurs fiables » du suicide ?
Xavier Bertrand, le ministre du travail (ex ministre de la santé au moment des suicides chez Renault) fait sa pub sur le dos du suicide. Il affiche sa volonté de « comprendre ». La belle âme…
Mais, il ne faut pas oublier que le fond social de la question du suicide est politique. Une commission doit rendre ses conclusions. Dirigé par un comportementaliste, le Pr Légeron, on sait déjà quelles seront les conclusions de cette commission : ces suicides, c’est le stress ! Résultat : le ministre et ses experts commis par l’état, pourront dire que le marché, l’industrie automobile, la recherche du profit, le malaise dans le travail, etc… n’y sont pour rien dans ces suicides chez Renault.
Notons le cynisme du vœu pieux de comprendre : la demande des syndicats n’est pas satisfaite. Le lien entre le suicide et le travail n’est toujours reconnu par l’état. C’est même le contraire : le médecin du travail de Renault a été licencié à la suite de son « intervention sur la prévention des risques psycho-sociaux » d’après la CGT.
Pendant ce temps, il faut toujours plus évaluer et mesurer. Le ministre veut des « indicateurs fiables et reconnus pour mieux détecter le stress au travail ».
Et oui, sans chiffres, comment savoir si l’entreprise fait du profit ?
Et puis, sans « indicateurs fiables » comment remplir une grille d’échelle comportementale ? Ce serait tout de même assez dramatique que la commission de Légeron ne puisse faire son travail…
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12/16/2007 08:38:00 AM
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Libellés : aliénation, psychiatres, travail
Court-circuiter la parole
Une jeune femme adolescente qui voulait y passer est sauvée par la vigilance de sa mère. Vidéo témoignage Le désir de vivre y est interrogé. Le médecin examinateur sous prétexte de "soigner physiquement" passe à côté du sujet. C'est un "court-circuit" de la pensée comme le médecin le dit. Le médecin court-cuircuite la discussion pour déclarer "vous avez mal compris". Réponse très juste de la concercnée: "c'est pas la peine que je parle à quelqu'un, si on ne m'écoute pas". La surdité de ceux qui prétendent "écouter" et "aider" est assez odieuse... Et oui, il est difficile de parler..
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12/16/2007 08:16:00 AM
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Libellés : parole
11/27/2007
Alerte de l'AFSSAPS contre Roaccutane®
Ce médicament est utilisé par les adolescents contre l'acnée (Roaccutane® depuis plus de vingt ans, et ses génériques tels que Curacne®, Procuta® et Contracné® depuis 2002). Depuis 1995, il fait l'objet d'une surveillance particulière, suspecté de pousser au suicide. L’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) nous met en garde. Lire son communiqué de presse : http://www.datapressepremium.com/rmdiff/CPisotretinoine1.pdf
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11/27/2007 07:30:00 AM
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Libellés : psychiatrie
11/13/2007
Stress et suicide : un mythe trompeur !
Sur fond de campagne publicitaire menée par R. Bachelot contre la dépression, nous avons une sorte de grimace conceptuelle, celle de l’INRS et de X. Bertrand. Le suicide serait du au stress ! Dernière nouvelle !
On nous l’avait déjà faite, mais à chaque fois je suis surpris !
Même pas drôle !
De toute façon la propagande de l’INPES ne l’est pas non plus !
L’INRS, un noble institut de recherche de l’état, vient de sortir son rapport sur la question du suicide en lien avec le travail.
Ce rapport de l’INRS sort au moment opportun. C’est-à-dire quand il s’agit pour le gouvernement de se dédouaner des suicides au travail en nommant Philippe Nasse et Patrick Légeron rapporteurs sur « les risques psychosociaux dans l’entreprise », en vue de la conférence sociale entre patronat et syndicats sur la souffrance au travail.
Pour ceux qui ne comprennent pas ce que cela veut dire comme moi, car on ne nous a pas appris à parler le langage de Xavier Bertrand, ce n’était pas ma langue optionnelle au lycée, rassurez-vous ! Rien d’essentiel ne sera dit dans ce rapport de l’INRS, ni au cours des journées de prévention de 2008. Car la question du stress est totalement hors sujet !
Le stress, c’est une façon de ne pas aborder les questions qui fâchent.
Je suis tout de même assez frappé par le style totalement lénifiant de ce texte de l’INRS.
Il y a pourtant un fait brut et massif quoi : le suicide au travail existe ! Il est là !
Mais, on ne sait rien sur la question, aucune étude épidémiologique digne de ce nom n’existe, en effet. Pourtant, cela n’empêche pas l’INRS de proclamer ses certitudes. Et quelles sont-elles ?
« L’hypersécrétion des glucocorticoïdes » !!!!!
J’en tombe sur les fesses !
Alors, si on sécrète un peu trop de ce truc, on se suicide ? Ah bon ! Et vous le sortez d’où ce truc ? D’une étude épidémiologique sérieuse certainement ?
L’INRS ne retient qu’une seule orientation scientifique. Cette approche sélective est remarquable. Mais il ne serait beau de perdre son temps qu’à la façon de Noam Chomski. Pour étudier la manière dont l’INRS fabrique un mythe sur le suicide au travail.
Car l’approche de l’INRS est très articulée :
1- le travail est stressant
2- le stress déclenche la dépression
3- la dépression conduit au suicide
4- donc, la cause de ces suicides au travail, c’est le stress !
Encore un désespérant syllogisme !
Cette idéologie permet à l’INRS de dire tranquillement que :
- le suicide au travail ne serait pas nouveau
- le suicide serait « indépendant de la situation socioprofessionnelle » (sic !)
Il serait donc inutile de se questionner sur cette drôle d’action qu’est le travail. Surtout, n’allez pas penser que le travail serait cause de suicide….
Le but du jeu, on l’avait compris depuis longtemps, est de raccrocher le suicide au stress, ce fond de commerce conceptuel des comportementalistes comme Légeron, pour justifier leur intervention dans les entreprises. Ce n’est certainement pas d’éclairer notre lanterne sur la question du suicide.
Car l’INRS emploie les (très) grosses ficelles. Il vous faut des « thérapeutes adaptés ». Il vous faut « évaluer le niveau de stress de l’entreprise ». Nous sommes « les seuls » à avoir une démarche « efficace ». Voilà les recommandations de l’INRS.
Pour moi, il y en a assez de ces simplifications, celles qui cachent les vraies questions. Puisque le suicide au travail serait « l’absence de marge de manœuvre » (selon l’INRS) pourquoi ne pas étudier les conditions de la liberté au travail. Qui les fixe ? Qui s’y soumet ? Pourquoi s’y soumet-il ? Pourquoi les sujets ne parviennent-ils jamais à s’en affranchir ?
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11/13/2007 05:41:00 AM
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Libellés : prévention, travail
Le suicide est déjà saturé d’antidépresseurs !
Sophie Bialek et Pierre Sidon évoquent la façon scandaleuse dont l’INPES réalise sa campagne sur la dépression. Au décours de la discussion apparaît la question du suicide. Ils signalent deux raisons pour expliquer l’inefficacité des antidépresseurs contre le suicide. Ils étaient les invités de Jacques Munier lors de son émission radio, « A plus d’un titre » de France culture, ce vendredi 9 novembre 2007.
Voici les raisons alléguées :
1- les antidépresseurs sont déjà largement répandus. Depuis leur énorme développement commercial dans les années 70, ils sont maintenant utilisés pour tout : contre la dépression, mais aussi d’autres troubles comme certaines psychoses. Il ne sera pas possible d’en augmenter la diffusion d’un point de vue quantitatif. Il est inutile d’en attendre plus que ce qu’ils sont censés faire dès maintenant.
2- Rien n’est prouvé en ce qui concerne l’effet clinique des antidépresseurs contre le risque suicidaire. Plus précisément, les résultats des études sont contradictoires. Certaines études montreraient des effets éventuellement utile, d’autres une action des antidépresseurs pouvant favoriser le passage à l’acte suicidaire. La science est divisée. Elle ne sait pas ce qu’il en est.
Personnellement, je pense que ce n’est pas parce que je mets un patch de nicotine que j’arrêterai (ou pas) de fumer…
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11/13/2007 04:23:00 AM
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Libellés : prévention, radio
11/12/2007
Un spot pour nous encourager, chers concitoyens !
L’INPES lance une campagne tous azimuts. C’est une « drôle » de publicité qui passe à la radio en France, mais aussi dans la presse et la télévision.
Comme je suis un peu bête, je prends tout au pied de la lettre. Margot, 9 ans, aussi d’ailleurs. Hier matin, en entendant le spot radio, elle me demande : « alors, c’est une maladie ? »
Que répondre ?
« Ben, oui, c’est ce qu’ils disent. Si tu es triste, tu es malade » ?
Merci à l’INPS qui sait si bien nous rassurer !
Le spot télévisé n’est pas plus optimiste. On dirait une promotion du suicide !
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11/12/2007 10:31:00 AM
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11/10/2007
Prévention du suicide en prison: guide de l'OMS
Un groupe de travail international (un québécois, cinq européens, deux américains et un australien: pour la plupart des planificateurs, des gestionnaires de la santé et des plans de prévention nationnaux) a élaboré un guide de prévention du suicide en prison. Les auteurs insistent sur la formation du personnel pénitencier ... Ils insistent aussi sur la surveillance des détenu ! Celle-ci serait insuffisante. A la une de Libération aujourd'hui: l'irresponsabilité pénale des fous. Les temps sont à plus de surveillance, plus de gardiens, plus de prisons, etc... Ne s'agirait-il pas plutôt d'éviter d'emprisonner les fous ? En effet, 20% des détenus sont psychotiques. La prison, c'est ajouter la souffrance de l'emprisonnement à une autre.
Le guide figure sur le site de l’Organisation mondiale de la santé (PDF).
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11/10/2007 04:25:00 PM
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10/30/2007
Le suicide d’Ophélie (5) : les poissons
Puisque la dernière fois j’évoquais les asticots qui mangent les cadavres, je vais continuer avec les vers (worms).
La question du cadavre de Polonius est celle de savoir où est-il passé quand Hamlet l’a tué. Elle est posée à plusieurs reprises dans l’acte II de la pièce au point que l’on finit par se demander si elle ne jouerait pas un rôle particulier. Est-ce seulement un élément de transition dont la seule fonction serait de passer d’une scène à l’autre ? Il ne semble pas. Et si ce cadavre jouait un rôle majeur ?
Pour Antigone, nous connaissons la question de la sépulture de son frère pour laquelle elle est prête à mourir. Alors pour Ophélie et Polonius, qu’en est-il ?
La mort de Polonius est une méprise. Hamlet croyait tuer le roi Claudius, il ne tue que son conseiller Polonius. Dans le style de la vengeance la plus sauvage, du « œil pour œil, dent pour dent ». Si tu as tué mon père, je te tues. J’en ai eu l’idée, la pièce que tu viens de voir l’a mise en scène, je le fais !
Polonius ne pèse pas lourd pour Hamlet. Il est un « pauvre écervelé, pitre fureteur [1]», « un pitre et un coquin babillard [2]». Hamlet se repent pourtant de son crime : « je vais le ranger quelque part, et je répondrai de la mort que je lui ai donnée [3]». Il « pleure sur ce qu’il a fait [4]».
Le roi sait que le crime d’Hamlet lui sera imputé puisqu’il n’a pas su contenir ce jeune fou. Mais pour le roi, il ne faut pas soumettre Hamlet « à la rigueur de la loi ». Hamlet est d’emblée situé hors la loi, aucun jugement ne l’atteindra, son crime ne comptera pas.
Le roi veut mettre le corps dans la chapelle avant de l’enterrer. Polonius le conseiller du roi gardera son statut au-delà de sa mort, il ne sera pas déchu comme le frère d’Antigone.
Ou est ce cadavre ?
Hamlet a « trainé ses tripes dans la pièce voisine [5]». Hamlet l’a « mélangé à la poussière, dont il est proche parent ». Mais il refuse de dire où il a mis le corps. Hamlet ironise sur ce corps.
Et il serait d’ailleurs déplacé de ne pas prendre ses propos au sérieux : « Le corps est avec le roi, mais le roi n’est pas avec le corps, le roi est une chose…[6] ».
Ces propos ambigus laissent l’identité et la qualification du roi indéterminé. De quel roi s’agit-il ? Le père d’Hamlet ou Claudius ?
Le roi est une chose dont la qualification est laissée un moment en suspens, puis définie dans un second temps comme « une chose de rien [7]». Une chose qui n’a pas de substance, un spectre. Ce que la reine confirme quand elle précise à son tour la définition du spectre. La folie, la présence du spectre est une : « Monnaie que frappe votre cerveau, ces créatures sans corps, le délire excelle à les frapper [8]». Le spectre est donc une « créature sans corps », monnaie fabriquée par le cerveau...
Pour l’instant, cela parait classique. Le spectre est une création de la pensée, un délire fabriqué par celui qui en est hanté. Dans la mort, il y a le corps plus le spectre. Ce sont deux éléments séparés, distincts et dont les destinées sont différentes, l’un hante Hamlet, l’autre se mélange à la poussière.
Puis, ironique, faisant le fou, Hamlet dit au roi que ce corps est « à souper » là « où il est mangé » par une « certaine assemblée de vers politiques [9]».
Et il lâche une vraie énigme :
«Hamlet : Certaine assemblée de vers politiques s’en prend à lui (la dépouille de Polonius). Votre ver est votre seul empereur pour la bonne chère, nous engraissons toutes les autres créatures pour nous engraisser, et nous nous engraissons nous-mêmes pour les asticots. Roi gras et mendiant maigre ne font que varier le menu ; deux plats pour une seule table. Tout est là.
Le Roi : Hélas ! hélas !
Hamlet : Un homme peut pêcher avec le ver qui a mangé un roi, et manger le poisson qui s’est nourri de ce ver [10]».
Ces déclarations sont complexes, énigmatiques et très ambigües ! Qui est le ver dont il s’agit ? Qui est le poisson ? Qui est le pêcheur ?
Il semble que le ver peut à la fois être la cour où se trouve la dépouille, Polonius, les princes et rois en général, Claudius seul ou même la reine. De même pour le poisson dont on ne sait pas bien qui il est. Il est aussi bien être Claudius que la reine.
Il y a au moins quatre interprétations possibles :
1- La dépouille de Polonius a été laissée quelque part dans le palais et la cour du roi. Les vers sont l’assemblée de la cour qui se délectent de la mort de
Polonius pour éventuellement accéder au poste de conseiller qu’il a laissé vacant. Les conseillers sont des vers qui se nourrissent du roi. Le roi est le poisson qui
se nourrit de ses conseillers. Un homme peut renverser un roi en s’appuyant sur ses conseillers et sa cour.
2- le roi Claudius nourrit sa cour, entretient ses conseillers, comme il a entretenu Polonius. Il a nourrit ce ver qui a engraissé. Polonius était l’empereur de la
bonne chère car il a aussi été le conseiller du père d’Hamlet dont il s’est engraissé. Hamlet peut utiliser le ver Polonius pour pêcher son poisson Claudius.
3- Claudius s’est nourri de la mort du père d’Hamlet. Il en a profité pour prendre le trône et sa place dans le lit de la reine, comme un asticot engraisse du
cadavre. Il a nourri son « poisson », la reine. Hamlet veut aussi atteindre sa mère.
4- les hommes engraissent et leurs dépouilles iront nourrir les vers. Y compris Hamlet et Claudius. Tous les deux engraisseront les asticots de leur cadavre. Sur
un plan plus généralement philosophique, les hommes parviennent à percer le mystère de leur destin en appréhendant leur être pour la mort, c’est ce qui les fait
vivre. Pour le dire comme Freud, « si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort »
Les traducteurs pensent que le jeu de mot sur la diète comme « régime » et la diet comme assemblée politique, ainsi que l’homophonie entre worms (vers) et la ville de Worms est une allusion politique. Polonius serait comparé à Luther condamné comme hérétique par Charles Quint en 1521 lors de la diète de Worms[11]. Ils privilégient une interprétation politique dans laquelle le roi peut destituer l’un de ses conseillers
Pourquoi une telle allusion si ce n’est pour souligner avec ironie la pauvreté intellectuelle d’un courtisan du roi comme Polonius. Ce n’est pas un penseur quoi ! Luther, lui, n’avait pas hésité à affirmer que le corps (du Christ) est appelé à la dispersion (poussière, tu reviens à la poussière). Polonius n’est que la pâle copie grimaçante de Luther. Il fut mangé pour engraisser le roi. Le roi est gras car le pauvre mendiant Polonius ne fait que l’engraisser. Comme nous venons de le voir, réduire l’interprétation de ce passage à une simple « révolution de palais » est largement insuffisant.
« Manger » se place au niveau de trois dimensions qu’il faut savoir bien distinguer. Selon le plan de chacune de ces dimensions, les personnages, leur signification et leur sens varient. Shakespeare a su condenser les trois plans en un seul texte.
Il y a le plan :
1- Réel. L’asticot mange la dépouille. La mort est un fait.
2- Imaginaire. L’un mange l’autre. Le mouvement est réflexif. Il devient difficile de savoir qui mange l’autre.
3- Symbolique. Une personne en mange une première et sera mangée par une troisième. L’action permet de changer le signifiant qui représente le sujet. Tout à tour, poisson puis ver.
Ces distinctions permettent de comprendre toute la différence qui oppose l’objet d’échange à l’objet cause du désir dans le texte de Shakespeare.
Comme objet d’échange, le ver sert à attraper le poisson, Claudius a attrapé la reine par Polonius. Alors le pécheur échange le vers contre le poisson. Le sujet est un ver mangé par l’Autre comme un vulgaire objet de consommation dont il est le reste.
Comme objet cause du désir, le ver a dévoré le roi. Claudius s’est enflammé pour la reine. C’est l’objet petit a de Lacan. Car ce qui reste du roi après sa mort, c’est sa dépouille que le vers va dévorer. La reine fait partie de ce reste, elle est assimilée au cadavre du roi dont se nourrit Claudius comme un asticot.
Dans cette métaphore, le cadavre est ce qui reste du sujet, son objet petit a. C’est ce qui reste de l’échange du poisson contre le ver. Séparer le sujet de son objet petit a, tue le sujet et transforme son corps en dépouille.
Finalement, Hamlet lâche enfin à la cour que le cadavre se trouve dans l’escalier de la galerie. Le cadavre est retrouvé, il sera bel et bien enterré selon les vœux de Claudius.
Donc, Ophélie n’a pas réagi au défaut de sépulture. On voit dès maintenant la différence avec Antigone. Le corps du père d’Ophélie va recevoir sa sépulture, ce n’est pas le problème. Il y a forcément une autre explication à la folie d’Ophélie. Si tant est que le parallèle peut être établi avec le destin de la reine, Ophélie serait alors ce qui reste après le décès de son père. L’objet qui cause le désir d’Hamlet, mais aussi l’objet de consommation dont Hamlet se débarrasse pour attraper un autre poisson (Claudius).
La suite au prochain numéro.
[1] - p. 861
[2] - p. 873
[3] - p. 871
[4] - p. 877
[5] - p. 873
[6] - p. 881
[7] - Ibid, « a thing of nothing »
[8] - p. 869
[9] - p. 889
[10] - p. 883
[11] - note 6, p. 1468
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10/30/2007 07:55:00 AM
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10/24/2007
Le suicide d’Ophélie (4) : cadavres, dépouilles, charognes et asticots
Dans la note précédente, nous avons vu que le texte de Shakespeare comporte toute une série d’expressions autour de l’idée que le père d’Ophélie traite sa fille comme un poisson à vendre au premier séducteur venu. Ce qui est censé signifier que les femmes prostitueraient leurs avantages et que leur père s’en feraient le proxénète.
Mais, la circulation des lettres d’Hamlet adressées à Ophélie, oblige à penser qu’il s’agit d’une bouffonnerie. Hamlet apparaît dans le réel aux yeux d’Ophélie et c’est une chose bien plus sérieuse que ces histoires de maquereau. Ce faisant, elle lui rend ses lettres.
Je pense qu’il est nécessaire de continuer à examiner les séries signifiantes, les branches principales des séries d’associations d’idées à propos d’Ophélie évoquées par le texte avant d’aborder les thématiques de son délire.
Quand son père est assassiné par Hamlet, Ophélie devient folle et tient un discours assez dense qu’il est vraiment difficile de suivre. Ce qu’elle dit n’est pourtant pas si fou. Ophélie l’a dit, elle est celle qui « ne pense rien[1] ». Ce qui est peut-être à entendre comme celle qui pense le rien. Du coup, ce qu’elle dit dans son délire mérite la peine d’un examen soutenu. Pour préparer ce déchiffrage, il est utile de développer encore les thématiques associées à Ophélie et exposées avant son délire.
Parmi celles-ci, se trouve donc une deuxième série d’association différentes de celles autour des poissons à vendre aux hommes. Il y a en effet tout un vocabulaire autour des cadavres, des charognes et de cette multitude d’animaux qui viennent les habiter comme les asticots.
Ces évocations sont bien présentes dans la pièce. Bon, ce n’est pas très ragoutant ...
Par exemple, quand Hamlet rencontre le père d’Ophélie au début de la pièce : « Car si le soleil engendre des asticots dans un chien mort, charogne digne d’être embrassée…[2] »
Les traducteurs renvoient à une autre pièce de Shakespeare : « César et Cléopâtre [3]». Dans cette série d’associations, apparait le soleil, la fécondation, les serpents, les crocodiles du Nil, l’idée d’empoisonner. Tout cela s’enchaine sur le chien mort et les asticots qui viennent dévorer les cadavres. L’idée serait que le soleil donne la vie aux asticots. Il « embrasse » les charognes pour les féconder !
Nous avions déjà rencontré une allusion aux sirènes dont le chant promet à Ulysse de lui apprendre la vie. Ce qui suggère que le mystère en question serait celui de la conception des êtres humain, de la fécondation et de la naissance à la vie.
Et Hamlet, ironique, recommande à Polonius de ne pas laisser sa fille se promener au soleil, elle pourrait enfanter toute seule... lui « faire le petit ». Comme une « charogne digne d’être embrassé ». Donc, le corps d’Ophélie est littéralement un cadavre, un chien mort, une charogne. Elle est déjà morte avant même de se suicider. Lacan aurait pu dire qu'elle était déjà dans une "seconde mort".
Lacan, dans le séminaire L’angoisse associe Ophélie à l’objet petit a. Dans ce contexte, il s’agit de l’objet déchet, le rebut, l’ordure que les hommes cherchent à effacer de leur vue et à détruire. « Un pur réel à subjectiver [4]».
La question du statut du corps d’Ophélie prépare celle qui viendra par la suite de la dépouille de son père mort assassiné par Hamlet. Il s’agit de savoir quoi faire d’une dépouille[5].
Je me demande maintenant si cette question de la dépouille ne serait pas l’inverse de celle de la seconde de mort. Dans Shakespeare, la question posée par Antigone semble inversée. Pour quelqu’un dont la vie ne représentait que charogne et pourriture morale aux yeux d’Hamlet (il le traite de maquereau et l’assassine), pourquoi prendre des égards avec la dépouille du père d’Ophélie ? Ophélie se demande si ce ne serait pas le « sens [6]» de la pièce.
Toutes les deux, Ophélie et Antigone perdent leur père. Toutes les deux refusent de laisser une dépouille sans égards. Pour Antigone, il s’agit justement de donner à la dépouille de son frère une destinée digne de ce que son propriétaire représentait dans la vie pour les autres. Il est manifeste qu’Ophélie devient folle quand son père meurt et que l’on ne trouve plus son cadavre.
Mais, à la différence d’Antigone, la reine et le roi s’inquiète de la destinée de la dépouille. Où est-elle passée ? On la cherche activement. Il ne s’agit pas tout à fait d’un Autre qui ne se soucie pas des dépouilles comme dans Antigone.
Seul Hamlet n’a cure du père d'Ophélie. Ni de son existence, ni de sa dépouille. Le père d’Ophélie est inique, c’est un maquereau. Il l’a vendue d’après Hamlet. C’est un chien au banc de la cour que l’on renvoie à coup de pied et d’insultes. Cadavre de chien, il est le père d’Ophélie, une « charogne digne d’être embrassée » par le soleil (la reine et le roi le cherchent). Hamlet le met dehors, hors de la cour du roi et de l’Autre. Il ne vaut pas la peine d’une sépulture.
Hamlet le répudie, mais pas le roi qui comptait sur lui. Il y a l’Autre d’un côté, le roi, la reine et la cour. D’un autre côté, Hamlet et son spectre qui errent dans le doute. Hamlet est déjà comme Ophélie, son existence est déjà spectrale. Peu importe pour lui le devenir de la dépouille, ce qui compte, c’est le spectre, l’esprit. Avec Hamlet, nous sommes dans un champ distinct de celui d’Antigone. Pas un Autre de l’Autre. Plutôt hors scène, hors de l’Autre. Dans le réel pur. Là où les corps ne comptent pas. Ni le sien, ni celui d’Ophélie.
La suite au prochain numéro !
[1] - p. 825
[2] - p. 771
[3] - note II, VII, 25-26 de César et Cléopâtre et note 44 de l’acte II de Hamlet
[4] - séance du 03 07 1963
[5] - En nos temps modernes, nous avons donné une réponse précise à la question des déchets. Nous les « recyclons » de façon écologique, nous les transformons pour leur donner un nouvel usage
[6] - p. 829. « Mean », sa signification.
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10/24/2007 07:56:00 PM
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10/12/2007
Appel à témoigner
Bonjour à tous, Je m'appelle Katia et j'ai perdu ma sœur d'un suicide en mai 2006. (A ce titre, il parait que la première semaine de mai voit toujours une recrudescence de suicide, dixit les gendarmes) Lire la suite
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10/12/2007 10:04:00 AM
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Libellés : entourage, Témoignage
Le suicide d'Ophélie (3) : vendre des poissons morts
Le suicide d’Ophélie mérite objection. Personnage composite, mi-vierge, mi-sirène, sa voix blanche séduit Hamlet. Elle représente l’idéal virginal masculin dont l’envers est celui du déchet boueux. Continuons à préciser ce qui constitue le personnage.
Dans cette pièce, certains mots ou certaines significations reviennent plus souvent que d’autres dans la bouche de plusieurs des personnages comme dans toute production écrite ou parlée d’ailleurs. Celles autour du thème de la prostitution sont remarquables. Elles s’appuient sur l’image du maquereau et son vendeur.
En effet, Hamlet reproche à Polonius, le père d’Ophélie, de se comporter comme un « maquereau », un « fishmonger [1]». « Monger » : un marchand, un vendeur du poisson que les séducteurs veulent attraper. Il devient maquereau par métonymie. Il serait celui qui vend Ophélie.
Polonius de son côté fait en quelque sorte le même reproche à Ophélie quand il la met en garde contre Hamlet comme séducteur :
« Qui n’ont pas la couleur que montrent leurs vêtements,
De simples entremetteurs de désirs sacrilèges,
Qui, comme de pieuses maquerelles (« bawds ») jouant les saintes,
Enjôlent pour mieux berner [2]».
« Bawds » : Ophélie n’est pas tout à fait une maquerelle, plutôt une prostituée. Elle pourrait devenir la maquerelle de ce qu’un séducteur veut lui prendre.
Et pour Ophélie ?
Elle sait l’amour d’Hamlet dès le début. Son cœur « gonflé d’orgueil, impudent libertin, foule le sentier printanier des plaisirs [3]». Hamlet s’est en effet déclaré dans une lettre dans laquelle il annonce qu’il l’aimera « tant que son corps lui sera sien (celui d’Hamlet ? Celui d’Ophélie ? Tant qu’il(elle) sera vivant(e) ?)».
Cette lettre est sérieuse, elle fait état d’un amour incalculable : « je n’ai point l’art de compter mes soupirs [4]». Hamlet y « doute » de manière ambiguë :
1- il doute de la réalité, le soleil, le feu, les étoiles, la vérité, sauf l’amour. Un amour dont il est certain
2- il doute, donc il met en cause, il soupçonne Ophélie d’infidélité [5]
Mais quand Hamlet a-t-il écrit cette lettre ? Quand Polonius en a-t-il eu connaissance ?
Dans certaines mises en scènes, la scène où Ophélie restitue ses lettres Hamlet précède celle dans laquelle Polonius demande à Ophélie de l’éviter. Quand Hamlet vient de reconnaître l’apparition de son père, il se présente à Ophélie comme « sorti de l’enfer », « inclinant [6]» la lumière de ses yeux sur elle comme une lumière spectrale effrayante. Hamlet est alors lui-même un fantôme. Il incarne le spectre lui-même.
Prévenant aussitôt son père, Ophélie lui annonce lui avoir déjà rendu sa lettre. On apprend le contenu de cette lettre par Polonius qui en rend compte (après l’aveu d’Ophélie à Polonius) au Roi et à la Reine. La scène où Ophélie rend la lettre d’Hamlet est postérieure dans le déroulement de la pièce. Il se peut qu’Hamlet ait écrit plusieurs lettres dont nous n’avons pas connaissance.
Dans cette pièce, nous apprenons toujours les évènements après-coup. Leur enchainement réel est plutôt dissimulé. Il parait l’inverse du déroulement chronologique de la pièce.
Si nous récapitulons une manière de chronologie, cela donne :
1- Hamlet aime Ophélie et elle le sait
2- Hamlet voit un spectre et devient spectre à son tour
3- Comme spectre il se présente à Ophélie effrayée par la lumière de ses yeux
4- elle rend ses lettres à Hamlet, elle chute de son amour
5- Ophélie prévient son père et lui annonce avoir déjà rendu les lettres
Mais dans l’absolu, Ophélie peut très bien avoir rendu ses lettres avant la mort du père d’Hamlet. Ou encore, après avoir vu son frère et avant l’apparition spectrale de Hamlet. Le moment où Ophélie reçoit ces lettres est très important car il permet d’interpréter les actes d’Ophélie.
Est-ce pour cela que le temps n’a pas de « joint [7]» ? Il n’y pas un point solide qui tiennent dans le temps et qui serve de repère pour situer tous les autres repères temporels pour bâtir une chronologie. Ce que Lacan appelle un point de capiton, le point qui tient tous les autres. Dans la culture, le point de capiton essentiel est souvent celui de la mort d’un prophète (Jésus Christ, Mohamed..).
Si la lettre est postérieure à la mise en garde de Polonius, elle lui obéit quand au refus d’Hamlet et se soumet à une autorité. Ce faisant, elle est prostituée par son père et elle trahit Hamlet. En même temps, elle a menti à son père en prétendant avoir déjà rendu les lettres.
Sinon, elle ne ment pas à son père, mais elle a déjà refusé Hamlet pour d’autres raisons que celle avancées par son père et son frère. Dans ce cas, Ophélie n’est pas la fille sage qu’elle prétend être aux yeux de son père. Elle est déjà prise par l’amour d’Hamlet. Elle n’obéit pas à l’ordre d’éviter Hamlet que Polonius ne lui a pas encore donné. Du coup, la scène de l’interdiction par le père n’a plus aucune substance ni valeur. C’est une parodie bouffonne. Ophélie n’est pas celle qui se trouve entre le dilemme d’écouter son père ou de suivre de son amour. La fidélité dont Hamlet doute est d’une autre nature que celle à son père. Elle est de toute façon celle qui se demande quoi répondre à l’amour, avec ou sans l’avis de son père. En fin de compte, on ne sait pas quoi Ophélie est-elle fidèle.
Donc la question du doute ne porte pas sur la fidélité d’Ophélie à Hamlet contre celle à Polonius. Les traducteurs de la pièce s’égarent quand ils en font une interprétation œdipienne classique (notes 8 p. 1462 et 4 p. 1464).
En réalité, la mise en garde de Polonius s’adresse à la mère d’Hamlet au-delà d’Ophélie. Car c’est exactement ce qu’Hamlet reproche à sa mère. De laisser sa raison se faire « la maquerelle du désir (« reason panders will»)[8]» quand elle se met dans le lit du frère de son mari décédé.
De toute évidence, c’est le désir qui est en jeu. Sa puissance sur la raison qui ne peut que se mettre à son service, s’y plier, jusqu’à tromper même le sujet qui se croit sincère. C’est le désir lacanien, trompeur par essence, car désir de l’Autre. Littéralement, un désir qui n’est pas du sujet et avec lequel ce dernier se trouve en porte-à-faux. Le désir trompe les autres car il a déjà trompé la raison du désirant.
Le doute d’Hamlet porte sur le désir d’Ophélie. Ce que Polonius ne voit pas. Ce n’est pas l’amour des courtisans qui est faux comme le prétend Polonius. Le désir est la vraie question. Et d’abord celui de Gertrude comme Hamlet l’interroge dans la scène où il tue Polonius.
Le problème d’Ophélie change de nature. Elle n’est pas prostituée par Polonius, ce qu’Hamlet sait pertinemment. Ses doutes ne s’adressent pas à Polonius, mais au-delà d’Ophélie, à sa mère. Ophélie ne vaut que par la figure de la mère de Hamlet qui se profile derrière elle. Dans le fond, Hamlet sait et a toujours su que Ophélie peut l’aimer et il n’en doute pas. Comme il fait le fou, si elle l’aime, Ophélie comprendra qu’il ment quand il doute d’elle.
Alors pourquoi Ophélie lui rend-elle sa lettre au lieu de la garder en secret sans le dire à son père ? D’où vient la nécessité de se suicider ? De comprendre que Hamlet ne peut réellement pas l’aimer tant qu’il aimera sa mère au point de vouloir sa mort ? Que Hamlet ne peut pas l’aimer au prix de sacrifier son amour pour sa mère, ce qu’il ne fait pas ? De l’infidélité d’Hamlet ? Ce qui semble déterminant est la rencontre d’un pur réel spectral. Ne serait-ce pas la mauvaise rencontre du spectre dans le réel qui la pousse à l’acte de rendre les lettres et tuer son amour du même coup ?
La suite au prochain numéro.
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10/12/2007 05:50:00 AM
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10/11/2007
Résistance à la délation
Voici un mail reçu de la part de Résistance à la délation:
Adieu ma petite maman
Adieu ma petite maman je vais mourir
Je suis qu’un enfant pourtant je vais mourir
Je n’avais pas assez l’identité française
Pourtant à l’école où j’allais
J’étais bon en français
Adieu ma petite maman je vais mourir
Je suis qu’un enfant j’aurais pas dû m’enfuir
Quand les gardiens de la paix nous pourchassaient
Ils allaient m’attraper quand j’ai sauté
Dans le vide pour m’échapper
Pleure pas ma petite maman je vais partir
Parait qu’ici on ne peut pas recueillir
Toute la misère du monde et que sans tarder
Pour remettre la France au travail
Il faut que je m’en aille
Ne pleurez pas mes chers parents je vais plus souffrir
J’aurais pu être enlevé violé ou pire
On vous aurait reçus à l’Elysée
Sur notre sort la France aurait pleuré
Mais nous pour eux c’est une histoire minable
Si je fuyais c’est que j’étais sûrement coupable
Adieu ma p’tit’ maman je vais mourir
J’espère que ma mort pourra servir
Et que bientôt la chasse à l’étranger
Comme toutes les chasses sera périmée
Pourquoi les riches nous pillent et nous repoussent
Pourtant tout est à tous
Un jour peut-être pour se repentir
Plus tard dans les écoles un président
Décomplexé fera lire aux enfants
Cette pensée d’un étrange étranger :
Adieu ma petite maman je vais mourir...
Paroles et Musique de Marc Havet
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10/11/2007 03:09:00 PM
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Libellés : politique
10/10/2007
Le suicide d’Ophélie (2)
Le suicide d’Ophélie était une « muddy death » : boueuse, vaseuse, trouble, brouillée, obscure, souillée, tachée, sombre, ténébreuse, etc…
Il ne faut pas prendre cette expression sur le plan d’une signification morale, certainement répandue en ce qui concerne le suicide qui fait l’objet d’une condamnation encore de nos jours. Nombreux sont ceux qui considèrent qu’un suicide dans leur famille est une tache dont il sera difficile de se laver. Si la pudeur existe encore de nos jours, je crois que c’est sur ce point que l’on peut la rencontrer.
Ophélie est présentée jusque là comme la vierge, la pure sexuellement, la « blanche ». Au moins c’est ce qui lui est demandé par son père et son frère.
Ophélie est d’une « sage beauté », « honest » (chaste, sage, vertueuse, mais aussi honnête, respectable, fidèle, digne de confiance), une « nymphe » qui n’a pas connu la sexualité.
Elle est aussi la vertueuse sur laquelle la cour compte pour découvrir la vérité auprès d’Hamlet. Pourquoi est-il si bizarre ? Lire un livre en marchant, vous pensez bien que ce n’est pas normal ! Forcément le signe de quelque folie.
Ophélie est celle dont la vertu permet de lire et de comprendre la folie d’Hamlet. Dépêchée auprès de lui, son père Polonius et la reine Gertrude l’ont chargée de percer le mystère de son comportement étrange.
Semblable en cela à la Sphinge envoyée par Héra et Créon le régent pour découvrir la vérité sur le meurtre de Laïos, roi de Thèbes. La Sphinge est d’ailleurs parfois présentée comme « une chanteuse cruelle », assimilable à une sirène comme nous l’avons vu pour Ophélie. Le destin de la Sphinge est le même que celui d’Ophélie, elle se défenestre. La vérité tue encore !
D’ailleurs, Œdipe ne révèle aucun secret. La Sphinge non plus. La vérité ne se fera jour qu’après. Un autre trait que partage Ophélie avec la Sphinge. Et pour Ulysse aussi. Car sinon, pourquoi ne faut-il pas que ses marins puissent entendre le chant des sirènes ? Ne serait-ce pas le secret du rapport sexuel (un faux secret puisqu’il n’y en a pas selon Lacan). Pour la Sphinge, l’origine de la filiation d’Œdipe qui est son frère. Pour Ulysse, la séduction sexuelle directe de la voix des sirènes (pour Ophélie, nous allons voir tout de suite dans quelques lignes en quoi le sexuel est concerné).
Ophélie remplit la même fonction que Gradiva dans la nouvelle de Jensen commentée par Freud. Elle est un personnage énigmatique capable de percer les secrets de chacun. Freud compare son action à celle du psychanalyste. Celui qui met à jour ce que le sujet a toujours su et qui lui était voilé.
Mais, l’attitude d’Ophélie n’est pas seulement de cette nature. Elle trahit Hamlet dès le départ, car elle l’a promis à son frère.
Hamlet flaire aussitôt la duplicité d’Ophélie. Il comprend vite qu’elle se présente à lui commandée par son père pour l’espionner. De fait, Hamlet se sait trahi. Il voulait une femme qui ne veuille pas d’enfant qui ne veuille pas se marier, qui soit vertueuse, chaste et fidèle. Hamlet voulait qu’elle reste « chaste comme glace, pure comme neige [1]».
En un mot, Hamlet ne voulait rien savoir du sexuel en aimant une vierge. Il ne voulait pas tomber dans le piège du désir structuralement trompeur. Il ne voulait pas devenir un « monstre », celui que l’on montre du doigt, que l’on « montre ». Le cocu qui porte les cornes. Celui qui aime une femme sans savoir qu’elle en aime un autre.
Hamlet affirme alors qu’il ne l’a pas aimé. Une négation au futur antérieur. L’amour d’Hamlet pour Ophélie est littéralement forclos. Il aurait pu être, il n’a pas été. « Je ne vous aimais pas ». Son amour n’est pas advenu et il le dit à Ophélie.
Ophélie chute brutalement. Elle passe de la beauté sublime à l’ordure mise au banc de l’amour. Elle est « boueuse », « trouble », « souillée », « tachée », comme le sera sa mort. Comment ne pas penser aux résidus, aux déchets, à la crotte et à la merde ? L’une des formes de l’objet obsessionnel que la psychanalyse a mis en évidence.
Cette expression qui vient dans la bouche de la reine, « muddy death », ne doit pas nous étonner.
Comme Lacan l’a enseigné, la beauté fascinante est la dernière barrière à franchir avant d’arriver à l’horreur de l’objet a. La beauté sublime et la souillure ténébreuse sont les deux faces d’une même chose, ils signalent l’objet-déchet que devient Ophélie après la chute.
De plus, nous connaissons les griefs d’Hamlet contre sa mère. Il la présente comme celle qui se vautre dans la boue et la fange avec le frère du roi.
Ophélie vient redoubler l’image de Gertrude. Hamlet en effet, reproche à sa mère de s’être marié aussitôt son père enterré. Elle s’est « repue du bourbier [2]», pour :
« Mariner dans le stupre, faire le câlin et l’amour
Dans une bauge infecte… [3]».
A sa mère, Hamlet demande ce qu’Ophélie fera ensuite : « cassez-vous le cou en tombant [4]».
En retour, Hamlet souhaite pour Ophélie ce qu’il dénonce pour sa mère.
« Enfer rebelle,
Si tu peux te mutiner dans les os d’une matrone,
Pour la jeunesse enflammée que la vertu soit comme cire
Et fond à son propre feu. Plus de pudeur
Quand l’ardeur compulsive donne l’assaut,
Puisque même le gel brûle aussi vivement
Et que la raison se fait la maquerelle du désir [5]»
Hamlet aurait pu aimer la beauté d’Ophélie, si cette vertu n’était « inoculée [6]». Si la jouissance de la beauté ne s’y était greffée. Si sa vertu négocie avec sa beauté, c’est que sa vertu et sa raison sont corrompues et soumises à la beauté et la jouissance. « La raison se fait la maquerelle du désir ».
Hamlet envoie Ophélie se promener dans une « nunnery [7]», un cloitre certes mais surtout une maison close, un mauvais lieu. Celui de la débauche sexuelle.
L’ensemble est une sorte de croisement où Hamlet souhaite pour l’une ce que l’autre fait. Pour sa mère, la bauge, pour Ophélie le suicide. Ophélie fera réellement ce que Hamlet désire pour sa mère. Pour sa mère qui jouit, il voulait l’amour. Pour Ophélie qu’il aime, il ne veut pas de sa jouissance et a refusé l’amour. Ophélie est la face hideuse et monstrueuse de Gertrude. Toutes deux incarnent la même chose pour Hamlet. Ce sont les deux faces du même objet.
Suite au prochain numéro…
[1] - acte III, scène 1
[2] - p. 863
[3] - p. 865
[4] - p. 873
[5] - p. 865
[6] - p. 811
[7] - p. 813
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10/10/2007 05:30:00 AM
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10/06/2007
Le suicide d’Ophélie (1)
Je crois qu’il vaut la peine de revenir autant de fois qu’il le sera nécessaire sur le suicide d’Ophélie dans Hamlet de Shakespeare. D’abord parce que cette pièce est du rang des œuvres qui nous en apprennent beaucoup sur notre existence. Mais aussi parce que Lacan en a fait un long commentaire dans son séminaire L’angoisse en 1958.
La célèbre Ophélie meurt noyée sous un saule. Sa mort est d’abord présentée comme un accident, elle a glissé de l’arbre alors qu’elle tressait une guirlande. Mais, les vers[1] suivants lèvent toute ambigüité sur la réalité de son suicide :
«Ses vêtements s’ouvrirent,
Et telle une sirène, un temps, ils l’ont portée ;
Cependant qu’elle chantait des brides de vieux airs,
Insensible à sa propre détresse,
Ou pareille à une créature née dans cet élément
Et faite pour y vivre. Mais bientôt
Ses habits, lourds de ce qu’ils avaient bu,
Tirèrent l’infortunée de ces chants mélodieux
Vers une mort boueuse ».
Ophélie était « insensible à sa propre détresse », elle n’a rien fait pour sortir de l’eau. Ophélie, le prototype d’une féminité dont la substance est la passivité ? Ophélie se laisse-t-elle couler ? Cela a les apparences d’un accident. Mais, l’interprétation commune est bien de dire qu’il s’agit d’un suicide. Dans sa négativité, ne rien faire, cela reste un acte volontaire. C’est un acte positif, c’est faire le rien de l’acte de faire. Une abstention active qui renverse les apparences de passivité. Une fausse piste, donc. Une fausse passivité qui indique au contraire un acte réel.
C’est l’exemple classique de Durkheim à propos de la procuration en matière de suicide. Est un suicide, l’acte de la personne qui se laisse condamner à mort. Il n’est pas l’exécuteur, mais il se suicide quand même. Cela rappelle seulement que l’agent peut se disjoindre de l’action.
Un doute s’installe aussitôt. « Ou » comme appartenant à l’eau, Ophélie chantait ? L’eau, cet élément pour lequel Ophélie est naturellement formée. Ophélie avait une destinée pour laquelle « on » l’avait formée. L’eau.
Comme un poisson dont le milieu naturel est de respirer dans l’eau ou n’importe quel animal marin qui ne vit pas sans l’eau. Ophélie était sur terre une étrangère. Elle revient parmi les siens. Ophélie n’était pas chez elle à la cour d’Hamlet. Elle ne s’y trouvait comme ces ambassadrices d’un pays étranger en visite chez son voisin. La visite diplomatique terminée, elle rentre.
Plutôt qu’ambassadrice, Ophélie est une nouvelle sirène. Un poisson dont le corps et l’apparence est celui d’une femme. Un poisson qui chante d’ailleurs, ce qui est le cas d’Ophélie.
Un petit coup d’œil sur Wikipédia permet aussitôt de rectifier la signification de ce terme. Une sirène n’est pas un poisson dont le milieu naturel serait l’eau ! C’est un oiseau !
La sirène est un être moitié oiseau, moitié femme, qui chante pour entrainer les marins vers la noyade. Dans la mythologie grecque, elles sont plusieurs, trois ou plus.
L’une d’elle est Leucosie, la blanche, comme l’Ophélie du poème de Rimbaud[2]. Dans ce poème, Ophélie est encore plus évidement une sirène fantomatique et flottante :
« La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles ... - On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir; Voici plus de mille ans que sa douce folie Murmure sa romance à la brise du soir ».
Ulysse va dans la demeure d’Adès, la mort, pour donner une sépulture à son ami Elpènôr. Ce faisant, la troupe « meure deux fois alors que les autres hommes ne meurent qu’une fois ». Ils meurent comme tous les hommes en perdant un corps, la mort imaginaire. Ils meurent aussi dans l’oubli, ils sont effacés de l’esprit et de la mémoire des hommes, la mort symbolique. Car il est impossible de faire revivre la mort. C’est un suicide de vouloir faire vivre ce qui est mort.
Sur le chemin du retour, Ulysse va rencontrer les sirènes qui peuvent l’empêcher de revenir parmi les siens, chez les vivants, « autour d'un grand amas d'ossements d'hommes et de peaux en putréfaction ». C’est-à-dire dans une tombe, un amas de déchets, ce que lui et ses amis peuvent devenir. Ils risquent la mort réelle, la dislocation en morceaux éparses. Le « désert du réel » de Matrix[3].
Ulysse ne veut pas que ses marins sachent ce que les sirènes chantent et leur bouche les oreilles. Ce faisant Ulysse est un anti Antigone. Il agit comme elle pour donner une sépulture à l’être décédé. Mais, il refuse d’en assumer la conséquence. Il refuse de savoir ce que cela implique à l’inverse d’Antigone qui assume les conséquences de son acte. Tous les deux affrontent les maitres. Ulysse a la folie de penser qu’il pourra y échapper.
Les sirènes chantent la promesse de leur apprendre ce qu’est la vie (« Nous savons, en effet, tout ce que les Akhaiens et les Troiens ont subi devant la grande Troie par la volonté des Dieux, et nous savons aussi tout ce qui arrive sur la terre nourricière »). Au terme de son voyage, Ulysse a perdu tous ses compagnons marins.
Il y a une interprétation obscène du texte d’Homère qui prétend que ce sont les équivalents voilée des prostituées qui se tiennent sur le rivage. Ce ne serait qu’ultérieurement, dans le folklore que les sirènes seraient devenues des poissons, en restant des moitiés de femmes. Elles sont alors immortelles. Pendant deux siècles, elles s’amusent dans l’eau. Puis, s’ennuyant, elles se sentent seules et cherchent à séduire un être humain pour se faire aimer.
Plus intéressant encore, en Afrique de l’Ouest ou en Inde, la sirène est une divinité toute puissante, créatrice du monde des humains. Mami Watta, la mère-eau, l’eau-mère de toute chose, est représentée comme une belle femme brandissant des serpents.
Très intéressant, passionnant même pour un psychanalyste. Rappelons-nous le commentaire de Freud sur la tête de Méduse, la tête d’une femme entourée de serpents qui représente la castration. Et bien, les sirènes aussi !
Dans l’odyssée d’Ulysse, cette figure existe, mais elle est dissociée des sirènes. C’est Skyllè « qui pousse des rugissements et dont la voix est aussi forte que celle d'un jeune lion. C'est un monstre prodigieux, et nul n'est joyeux de l'avoir vu, pas même un Dieu. Elle a douze pieds difformes, et six cous sortent longuement de son corps, et à chaque cou est attachée une tête horrible, et dans chaque gueule pleine de la noire mort il y a une triple rangée de dents épaisses et nombreuses ».
Ophélie la sirène renvoie à un savoir mortel que les hommes ne doivent pas savoir sans mourir aussitôt. Elle est le mystère incarné de ce savoir. Le mystère étant de savoir pourquoi elle chante. Rappelons-nous, « ou » insensible à sa propre détresse, « ou » comme une créature naturellement formée pour l’eau, un être essentiellement flottant dans l’éternel et l’immortalité des sirènes. Suicidée, Ophélie est réduite à son chant comme les sirènes. Elle est pur objet voix représentant la castration étroitement associée à la seconde mort. La mort réelle dans laquelle tout se dissocie, où ce qui est assemblé s’éparpille et se disloque.
Lacan a mis en évidence cet objet que l’on avait jusque là mal aperçu. Dans le séminaire « L’angoisse », il commente la pratique du Schofar. La pure matérialité de la voix du père réel, le Dieu vengeur de Moïse qui ordonne à ce dernier de tuer son fils sans raison autre que celle de sa seule volonté. Le surmoi dans ce qu’il a de réel.
Pour les sirènes, l’objet voix est séducteur, il entraine aussitôt celui qui l’entend vers la deuxième mort. C’est un fait clinique que nous raconte la psychose. Le sujet halluciné se sent « déjà-mort ». Celui qui entend une voix s’est déjà laissé entrainer dans la deuxième mort par les sirènes.
Mais, une autre petite interrogation demeure pour Ophélie : sa mort est une « muddy death ». Boueuse ou fangieuse selon les traductions…
Suite au prochain numéro !
[1] - Shakespeare, « Hamlet », Tragédies, NRF Gallimard, Paris, 2002, p. 929
[2] - Arthur Rimbaud (1854 - 1891), Poésies (1895), Ophélie (1870)
[3] - l’expression employée au début du film quand les personnages du film sortent de la matrice, c’est-à-dire de la vie symbolique pour se trouver jetés comme Ulysse dans un monde spectral. Zizek S., Bienvenue dans le désert du réel !, Paris, Flammarion, 2005
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