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10/30/2007

Le suicide d’Ophélie (5) : les poissons

Puisque la dernière fois j’évoquais les asticots qui mangent les cadavres, je vais continuer avec les vers (worms).

La question du cadavre de Polonius est celle de savoir où est-il passé quand Hamlet l’a tué. Elle est posée à plusieurs reprises dans l’acte II de la pièce au point que l’on finit par se demander si elle ne jouerait pas un rôle particulier. Est-ce seulement un élément de transition dont la seule fonction serait de passer d’une scène à l’autre ? Il ne semble pas. Et si ce cadavre jouait un rôle majeur ?

Pour Antigone, nous connaissons la question de la sépulture de son frère pour laquelle elle est prête à mourir. Alors pour Ophélie et Polonius, qu’en est-il ?

La mort de Polonius est une méprise. Hamlet croyait tuer le roi Claudius, il ne tue que son conseiller Polonius. Dans le style de la vengeance la plus sauvage, du « œil pour œil, dent pour dent ». Si tu as tué mon père, je te tues. J’en ai eu l’idée, la pièce que tu viens de voir l’a mise en scène, je le fais !

Polonius ne pèse pas lourd pour Hamlet. Il est un « pauvre écervelé, pitre fureteur [1]», « un pitre et un coquin babillard [2]». Hamlet se repent pourtant de son crime : « je vais le ranger quelque part, et je répondrai de la mort que je lui ai donnée [3]». Il « pleure sur ce qu’il a fait [4]».

Le roi sait que le crime d’Hamlet lui sera imputé puisqu’il n’a pas su contenir ce jeune fou. Mais pour le roi, il ne faut pas soumettre Hamlet « à la rigueur de la loi ». Hamlet est d’emblée situé hors la loi, aucun jugement ne l’atteindra, son crime ne comptera pas.

Le roi veut mettre le corps dans la chapelle avant de l’enterrer. Polonius le conseiller du roi gardera son statut au-delà de sa mort, il ne sera pas déchu comme le frère d’Antigone.

Ou est ce cadavre ?

Hamlet a « trainé ses tripes dans la pièce voisine [5]». Hamlet l’a « mélangé à la poussière, dont il est proche parent ». Mais il refuse de dire où il a mis le corps. Hamlet ironise sur ce corps.

Et il serait d’ailleurs déplacé de ne pas prendre ses propos au sérieux : « Le corps est avec le roi, mais le roi n’est pas avec le corps, le roi est une chose…[6] ».

Ces propos ambigus laissent l’identité et la qualification du roi indéterminé. De quel roi s’agit-il ? Le père d’Hamlet ou Claudius ?

Le roi est une chose dont la qualification est laissée un moment en suspens, puis définie dans un second temps comme « une chose de rien [7]». Une chose qui n’a pas de substance, un spectre. Ce que la reine confirme quand elle précise à son tour la définition du spectre. La folie, la présence du spectre est une : « Monnaie que frappe votre cerveau, ces créatures sans corps, le délire excelle à les frapper [8]». Le spectre est donc une « créature sans corps », monnaie fabriquée par le cerveau...

Pour l’instant, cela parait classique. Le spectre est une création de la pensée, un délire fabriqué par celui qui en est hanté. Dans la mort, il y a le corps plus le spectre. Ce sont deux éléments séparés, distincts et dont les destinées sont différentes, l’un hante Hamlet, l’autre se mélange à la poussière.

Puis, ironique, faisant le fou, Hamlet dit au roi que ce corps est « à souper » là « où il est mangé » par une « certaine assemblée de vers politiques [9]».

Et il lâche une vraie énigme :

«Hamlet : Certaine assemblée de vers politiques s’en prend à lui (la dépouille de Polonius). Votre ver est votre seul empereur pour la bonne chère, nous engraissons toutes les autres créatures pour nous engraisser, et nous nous engraissons nous-mêmes pour les asticots. Roi gras et mendiant maigre ne font que varier le menu ; deux plats pour une seule table. Tout est là.

Le Roi : Hélas ! hélas !

Hamlet : Un homme peut pêcher avec le ver qui a mangé un roi, et manger le poisson qui s’est nourri de ce ver [10]».

Ces déclarations sont complexes, énigmatiques et très ambigües ! Qui est le ver dont il s’agit ? Qui est le poisson ? Qui est le pêcheur ?

Il semble que le ver peut à la fois être la cour où se trouve la dépouille, Polonius, les princes et rois en général, Claudius seul ou même la reine. De même pour le poisson dont on ne sait pas bien qui il est. Il est aussi bien être Claudius que la reine.

Il y a au moins quatre interprétations possibles :

1- La dépouille de Polonius a été laissée quelque part dans le palais et la cour du roi. Les vers sont l’assemblée de la cour qui se délectent de la mort de

Polonius pour éventuellement accéder au poste de conseiller qu’il a laissé vacant. Les conseillers sont des vers qui se nourrissent du roi. Le roi est le poisson qui

se nourrit de ses conseillers. Un homme peut renverser un roi en s’appuyant sur ses conseillers et sa cour.

2- le roi Claudius nourrit sa cour, entretient ses conseillers, comme il a entretenu Polonius. Il a nourrit ce ver qui a engraissé. Polonius était l’empereur de la

bonne chère car il a aussi été le conseiller du père d’Hamlet dont il s’est engraissé. Hamlet peut utiliser le ver Polonius pour pêcher son poisson Claudius.

3- Claudius s’est nourri de la mort du père d’Hamlet. Il en a profité pour prendre le trône et sa place dans le lit de la reine, comme un asticot engraisse du

cadavre. Il a nourri son « poisson », la reine. Hamlet veut aussi atteindre sa mère.

4- les hommes engraissent et leurs dépouilles iront nourrir les vers. Y compris Hamlet et Claudius. Tous les deux engraisseront les asticots de leur cadavre. Sur

un plan plus généralement philosophique, les hommes parviennent à percer le mystère de leur destin en appréhendant leur être pour la mort, c’est ce qui les fait

vivre. Pour le dire comme Freud, « si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort »

Les traducteurs pensent que le jeu de mot sur la diète comme « régime » et la diet comme assemblée politique, ainsi que l’homophonie entre worms (vers) et la ville de Worms est une allusion politique. Polonius serait comparé à Luther condamné comme hérétique par Charles Quint en 1521 lors de la diète de Worms[11]. Ils privilégient une interprétation politique dans laquelle le roi peut destituer l’un de ses conseillers

Pourquoi une telle allusion si ce n’est pour souligner avec ironie la pauvreté intellectuelle d’un courtisan du roi comme Polonius. Ce n’est pas un penseur quoi ! Luther, lui, n’avait pas hésité à affirmer que le corps (du Christ) est appelé à la dispersion (poussière, tu reviens à la poussière). Polonius n’est que la pâle copie grimaçante de Luther. Il fut mangé pour engraisser le roi. Le roi est gras car le pauvre mendiant Polonius ne fait que l’engraisser. Comme nous venons de le voir, réduire l’interprétation de ce passage à une simple « révolution de palais » est largement insuffisant.

« Manger » se place au niveau de trois dimensions qu’il faut savoir bien distinguer. Selon le plan de chacune de ces dimensions, les personnages, leur signification et leur sens varient. Shakespeare a su condenser les trois plans en un seul texte.

Il y a le plan :

1- Réel. L’asticot mange la dépouille. La mort est un fait.

2- Imaginaire. L’un mange l’autre. Le mouvement est réflexif. Il devient difficile de savoir qui mange l’autre.

3- Symbolique. Une personne en mange une première et sera mangée par une troisième. L’action permet de changer le signifiant qui représente le sujet. Tout à tour, poisson puis ver.

Ces distinctions permettent de comprendre toute la différence qui oppose l’objet d’échange à l’objet cause du désir dans le texte de Shakespeare.

Comme objet d’échange, le ver sert à attraper le poisson, Claudius a attrapé la reine par Polonius. Alors le pécheur échange le vers contre le poisson. Le sujet est un ver mangé par l’Autre comme un vulgaire objet de consommation dont il est le reste.

Comme objet cause du désir, le ver a dévoré le roi. Claudius s’est enflammé pour la reine. C’est l’objet petit a de Lacan. Car ce qui reste du roi après sa mort, c’est sa dépouille que le vers va dévorer. La reine fait partie de ce reste, elle est assimilée au cadavre du roi dont se nourrit Claudius comme un asticot.

Dans cette métaphore, le cadavre est ce qui reste du sujet, son objet petit a. C’est ce qui reste de l’échange du poisson contre le ver. Séparer le sujet de son objet petit a, tue le sujet et transforme son corps en dépouille.

Finalement, Hamlet lâche enfin à la cour que le cadavre se trouve dans l’escalier de la galerie. Le cadavre est retrouvé, il sera bel et bien enterré selon les vœux de Claudius.

Donc, Ophélie n’a pas réagi au défaut de sépulture. On voit dès maintenant la différence avec Antigone. Le corps du père d’Ophélie va recevoir sa sépulture, ce n’est pas le problème. Il y a forcément une autre explication à la folie d’Ophélie. Si tant est que le parallèle peut être établi avec le destin de la reine, Ophélie serait alors ce qui reste après le décès de son père. L’objet qui cause le désir d’Hamlet, mais aussi l’objet de consommation dont Hamlet se débarrasse pour attraper un autre poisson (Claudius).

La suite au prochain numéro.


[1] - p. 861

[2] - p. 873

[3] - p. 871

[4] - p. 877

[5] - p. 873

[6] - p. 881

[7] - Ibid, « a thing of nothing »

[8] - p. 869

[9] - p. 889

[10] - p. 883

[11] - note 6, p. 1468

9/08/2007

« Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort » (Freud)

A lire la conclusion freudienne de 1915, « Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort », nous pourrions penser que Freud encourage au suicide.

Il n’en est rien. Freud a des certitudes sur la mort, certes. Mais son pessimiste plaidoyer exclut la possibilité même du suicide. Nous sommes en pleine première guerre mondiale. Freud souffre de ses effets, plusieurs de ses amis sont au front. Sa vie quotidienne en est transformée, il ne peut plus circuler là où il aime se rendre en vacances l’été par exemple. On peut même supposer que cette guerre lui permettra de passer à un remaniement théorique important les années suivantes avec la notion de pulsion de mort. Freud est à l’arrière, il n’est pas un combattant et ne l’oublie pas. Par contre, il reçoit les témoignages de ses élèves comme Férenczi ou Abraham qui se trouvent au front.

Freud sait qu’il ne connaît pas la mort. Je crois qu’il importe de s’en rappeler pour concevoir l’acte suicide au plus près de sa réalité.

Pour commenter Freud, je me cale ici sur son texte sur la guerre et la mort de 1915 : « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort ».

Nous ne savons rien de la mort et nous ne voulons rien en savoir.

Notre propre mort bien sûr.

Celle du voisin, de l’autre, de l’ennemi ou de l’étranger nous indiffère. Dans certaines circonstances, elle ne nous pose pas le moindre problème, on s’en « accommode » très bien. Pendant la guerre par exemple. De ce point de vue nous sommes tous des sauvages guerriers. Car la mort « signifiait pour (l’homme des origines) l’anéantissement de ce qu’il haïssait ». Ainsi l’histoire de l’humanité est-elle pleine de meurtres, p. 30.

Pour notre propre mort, le paradoxe est que nous l’avons à la fois « pris au sérieux, reconnue comme abolition de la vie » et à la fois « niée et réduite à rien », p. 30. Nous reconnaissons la mort de l’autre et nous nions la notre. Car, elle est strictement inexistante au niveau inconscient. A ce niveau, nous nous pensons immortels. « Personne, au fond, ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même : dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité », p. 26.

Mais avec la première guerre mondiale, l’homme ne pouvait plus « tenir la mort à l’écart, parce qu’il y avait goûté dans la douleur que lui avait causée en mourant le disparu, mais il ne voulait pourtant pas le reconnaître parce qu’il ne pouvait se représenter mort lui-même », p. 32. La mort n’est pas « représentée », aucune image ne permet de la figurer.

Est-ce que ceux qui se suicident rêvent de leur suicide ? A suivre Freud, cela ne devrait pas être possible.

Il faudrait chercher si le rêve d’un suicidaire permet de représenter sa propre mort ou si cette représentation peut effectivement se ramener à la représentation de la mort d’un autre. Il est probable que cela soit la deuxième situation qui soit vraie. S’il est vrai que le rêve ne peut que représenter le sujet, il ne peut le présenter directement sans la médiation de l’image ou du mot, alors, le rêve ne peut non plus que représenter sa mort sans passer par l’image de la mort d’une autre personne que le sujet ou un mot (qui n’est toujours pas le sujet).

L’énigme du suicide demeure. Si on ne peut se représenter sa propre mort comment peut-on la vouloir ?

Il faudrait reprendre la construction freudienne et se faire une idée du bâtiment conceptuel qu’il construit sur ces certitudes à propos de la mort. Et les fondations ne sont pas simples à mettre à jour.

Il y a l’affirmation initiale (je suis immortel), le présupposé (je nie que je puisse un jour mourir), l’axiome (je ne peux me représenter ma propre mort) et surtout une déduction.

Nous sommes une humanité de meurtriers dont la pulsion criminelle n’attend que la première occasion pour s’exprimer. Il devient facile d’élever des cloisons entre ces murs conceptuels : la civilisation, la religion, le christianisme surtout, et la philosophie, ne viennent que comme les raisons avancées secondairement pour maintenir un écart entre la mort de l’autre et la possibilité de notre propre mort.

1- L’axiome. « Notre inconscient ne croit pas à la mort, il se conduit comme s’il état immortel. (il) ne connaît absolument rien de négatif, aucune (dé)négation – en lui les contraires se recouvrent – et de ce fait ne connaît pas non plus notre propre mort, à laquelle nous ne pouvons donner qu’un contenu négatif », p. 36. Littéralement, la mort n’existe pas dans l’inconscient, elle a un contenu négatif, elle est rien, elle n’est pas représentée. Un vide absolu, un blanc illisible, un saut de lecture. Notre propre mort n’est pas une perception sensible, elle est une idée vide de signification. Ce qui explique la possibilité de l’héroïsme.

Le héro qui se lance dans la bataille ne pense tout simplement pas qu’il pourrait y mourir. « Y peut rien t’arriver », p. 36. Nous sommes comiques, nous les hommes qui comme dans les cartoons de Tex le coyote, pouvons mourir dix fois de suite dans l’épisode et nous relever à chaque fois comme si de rien n’était.

2- La déduction. D’abord la sauvagerie de la guerre. Il faut supposer ce qui la précède. Avec la guerre, il nous a fallut admettre la mort de l’autre, nous ne pouvions plus tenir à l’écart notre propre mort sans pour autant la reconnaître. Freud passe par la pulsion de meurtre. Elle est entièrement « déduite »: « Un interdit (« Tu ne tueras point ») si puissant ne peut se dresser que contre une impulsion d’égale puissance. Ce qu’aucune âme humaine ne désire, on n’a pas besoin de l’interdire, cela s’exclut soi-même », p. 85. Il nous faut donc en conclure que l’impulsion à tuer est d’une puissance inégalée. Cette pulsion est inaltérable et n’attend qu’une occasion pour se manifester. « Les pulsions inhibées » font « irruption vers la satisfaction si l’occasion s’en présente », ce qui montre sa « plasticité », cette pulsion « coexiste » avec les autres pulsions, elle « subsiste à côté », elle est « impérissable », p. 22.

3- Si la pulsion meurtrière est déduite, le vide de représentation de notre mort est affirmé. La raison ne peut avoir de prise sur une représentation qui n’existe pas. Elle n’a même pas à l’écarter, la représentation absente s’écarte d’elle-même. Le refus de notre propre mort demeure inaltérable. Il ne sert de rien de chercher à persuader le suicidaire de renoncer à son acte. Il se croit déjà immortel.

4- Si nous croyons immortels, la volonté de mourir n’existe pas au niveau inconscient. Seuls existent la pulsion de tuer (inconsciente) et la volonté (consciente) de tenir notre propre mort à l’écart de celle des autres. Freud ne fait aucun recours à l’instinct de conservation, ni à une prétendue « pulsion de vie », rien ne fait vraiment obstacle à ce que la pulsion meurtrière ne se manifeste.

5- Ensuite, l’histoire du Christ : « si le fils de Dieu a été forcé de sacrifier sa vie pour délivrer l’humanité du péché originel, il fut selon la loi du talion – rendre la pareille – que ce péché ait consisté en un mort, en un meurtre. Cela seul pouvait exiger pour son expiation le sacrifice d’une vie », p. 31. Cela a une telle importance que nous en avons construit un système religieux sur ces bases. La civilisation continue éternellement à dénier notre propre mort. En inventant la vie après la mort, la « persistance des âmes » et la vie avant la vie. Avec le christianisme, un pas de plus est accomplit. La vie après la mort vaut mieux que la vie elle-même. La mort est « plus précieuse », « pleinement valable », le christianisme « rabaisse la vie, que la mort termine, à une simple préparation », p. 33-34. En ce sens, la religion œuvre pour réduire l’intérêt de supporter la vie. La promesse de l’éternité pousse à chercher à maintenir dans l’au-delà le refus de notre propre mort.

5- Conséquences pour le suicide. La pulsion suicidaire n’existe pas. L'expression du "meurtre de soi-même" (sui cider, tuer soi) est donc tout à fait adaptée ! Le suicide ne peut alors se comprendre que dans le cadre étroit d’un « suivisme » par le sujet. Le suicidaire « suit » celui qu’il vient de perdre. La mort de l’autre est fascinante : « à l’égard du mort lui-même nous avons un comportement particulier qui ressemble presque à l’admiration témoignée à celui qui a réussi quelque chose de très difficile », p. 27. Nous vivons un « total effondrement quand la mort a frappé un de nos proches » (..) Nous enterrons avec lui nos espoirs, nos exigences, nos jouissances, nous ne nous laissons pas consoler, et nous nous refusons à remplacer celui que nous avons perdu. Nous nous comportons alors comme une sorte d’Asra, ces êtres qui suivent dans la mort ceux qu’ils aiment », p. 28 (allusion au poème de H. Heine, « Der Asra » dans Romanzero. Les Benou-Azra étaient une tribu arabe célèbre en amour). J’ai recherché des informations sur les Asra. Mais, pour l’instant, je n’en trouve pas….

6- Le raisonnement est le suivant : je ne peux pas mourir de toute façon, par contre, il faut que l’être que je viens de perdre continue à vivre. Je vais alors lui prêter ma vie inaltérable pour qu’il continue à vivre dans l’au-delà. D’où l’exemple d’Ulysse parlant à Achille : « ne t’afflige pas d’être défunt, Achille » ! Ou encore, la version de Heine aussi citée par Freud : « moi, le Pélide, le héros mort, prince des ombres au souterrain séjour ».

7- Freud, des années plus tard, maintiendra cette conception. Le suicide est le produit d’un acte du sujet conscient auquel s’allie la force d’une pulsion meurtrière inconsciente d’une « puissance inégalée » : « Peut-être personne ne trouve l’énergie psychique pour se tuer si premièrement il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne par là contre lui-même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne », (« Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », Névrose, psychose et perversion).

8- Y-a-t-il une issue ?

Freud condamne clairement l’action néfaste de la civilisation et de la religion qui donnent des arguments et des occasions à la pulsion meurtrière de s’exprimer et empêche le sujet de « supporter » une vie difficile.

« Ne devons-nous pas convenir qu’avec notre attitude de civilisé à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de nos moyens et ne devons-nous pas faire demi-tour et confesser la vérité ? Ne vaudrait-il pas mieux faire à la mort, dans la réalité et dans nos pensées, la place qui lui revient et laisser un peu plus se manifester notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, que nous avons jusqu’à présent si soigneusement réprimée. (…) cela présente l’avantage de mieux tenir compte de la vraisemblance et de nous rendre la vie de nouveau plus supportable. Supporter la vie reste bien le premier devoir de tous les vivants. L’illusion perd toute valeur quand elle nous en empêche. (…) «Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort », p. 40.

« S’organiser pour la mort », contrairement à un appel au suicide, est un plaidoyer pour supporter la vie. Freud propose de « faire une place » à la mort, une signification « vide de représentation ».


Freud S., « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » (1915), Essais de psychanalyse, petite bibliothèque Payot, 15, Paris, Payot, 1981

Freud S., « Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », Névrose, psychose et perversion, PUF, Paris, 1974, p. 261

7/20/2007

Le suicide d'Harry Potter ?

Attention, lecture dangereuse! Lu dans le "tiers livre" rédigé par François Bon (à lire aussi sur ce même site, une profession de foi très intéressante sur l'avenir la littérature, de l'édition et d'internet). Au moment où un tsunami commercial menace un été pluvieux. "Chris Moran, l’attachée de presse de la maison d’édition Arthur A. Levine, la filiale de Scholastic qui publie la série "Harry Potter" aux États-Unis, n’a voulu faire aucun commentaire. "Il y a beaucoup de rumeurs sur internet. Nous ne confirmons ni n’infirmons aucune d’elles. Nous ne pouvons pas dire si c’est vrai, et personne ne le saura avant que le livre soit publié", a-t-elle affirmé".


Selon la rumeur... L'idée de la mort s'est installé en Harry comme celle l'amour. Très lacanien, très platonicien. La mort est comme la piqure du "grand frelon ailé". Elle vous pique et ne vous lâche plus. Elle exerce une fascination mortelle. Harry ne peut que la rejoindre. Piqué à mort, Harry est de fait dans une zone entre la vie et la mort. Il n'est plus vivant, il n'est pas encore mort. Antigone... C'est l'endroit où le sujet ne peut se tenir et par lequel il doit passer. Un lieu qui marque son "être de néant". Il a pourtant bien du mal à y croire. Pour s'y rendre, il lui faudra bien six ou sept romans, n'est-ce pas ? Dans son cas, les multiples péripéties de son roman sont une série d'actes qui n'en sont pas. N'ayant pas commis l'acte, le seul, celui qui aurait permis de dire, "voilà, je l'ai fait et je suis mort", Harry commet une série de petites actions que ses lecteurs peuvent prendre pour des actes de bravoure. Mises bout à bout, ces actions le conduisent à détruire son corps. Elles accordent son corps à son esprit. Mort, il l'était déjà. Il ne peut que "se résigner à mourir", c'est-à-dire renoncer au fantasme de son immortalité. Même l'écriture est mortelle. Ce qui n'est pas mortel, ce sont ses souvenirs. Ses souvenirs ne peuvent s'effacer. Si bien que le mouvement général de son écriture n'est plus qu'une vaste manoeuvre pour se diriger vers l'objet perdu. La sonnette tinte en lui, le bruit du pas de ses parents reconduisant Mr S., un glas dans le froid glaçant le langage. Un grelot dissolvant la réalité. Un "tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais". Harry est mort quand ses parents sont partis. Depuis ce moment, il ne cesse de les entendre partir, de les attendre et de vouloir les rejoindre. Peu à peu, rien n'existe plus pour lui d'autre que ce tintement. Harry ne passe pas à l'acte. Il décide seulement de rejoindre l'objet. Son roman n'est pas un texte d'action, c'est le récit de sa "résignation" devant l'objet qui l'envahit jusqu'à le dissoudre.

Harry Potter 7, les derniers feuillets

Traduction originale par © François Bon _ 16 juillet 2007

"Cette idée de la mort s’installa définitivement en moi comme fait un amour. Non que j’aimasse la mort, je la détestais. Mais après y avoir songé sans doute de temps en temps comme à une femme qu’on n’aime pas encore, maintenant sa pensée adhérait à la plus profonde couche de mon cerveau si complètement, que je ne pouvais m’occuper d’une chose sans que cette chose traversât d’abord l’idée de la mort et même si je ne m’occupais de rien et restais dans un repos complet, l’idée de la mort me tenait compagnie aussi incessante que l’idée du moi. Je ne pense pas que le jour où j’étais devenu un demi-mort, c’étaient les accidents qui avaient caractérisé cela, l’impossibilité de descendre un escalier, de me rappeler un nom, de me lever, qui avaient causé par un raisonnement même inconscient l’idée de la mort, que j’étais déjà à peu près mort, mais plutôt que c’était venu ensemble, qu’inévitablement ce grand miroir de l’esprit reflétait une réalité nouvelle".

(...)

"Bien que je crusse à ma mort, de même que ceux qui sont les plus persuadés que leur terme est venu sont néanmoins persuadés aisément que s’ils ne peuvent pas prononcer certains mots, cela n’a rien à voir avec une attaque, une crise d’aphasie, mais vient d’une fatigue de la langue, d’un état nerveux analogue au bégaiement, de l’épuisement qui a suivi une indigestion.

Moi, c’était autre chose que les adieux d’un mourant à sa femme, que j’avais à écrire, de plus long et à plus d’une personne. Long à écrire. Le jour tout au plus pourrais-je essayer de dormir. Si je travaillais, ce ne serait que la nuit. Mais il me faudrait beaucoup de nuits, peut-être cent, peut-être mille".

(...) "Mais il faut se résigner à mourir. On accepte la pensée que dans dix ans soi-même, dans cent ans ses livres, ne seront plus. La durée éternelle n’est pas plus promise aux oeuvres qu’aux hommes. Ce serait un livre aussi long que les Mille et une Nuits peut-être, mais tout autre. Sans doute, quand on est amoureux d’une oeuvre, on voudrait faire quelque chose de tout pareil, mais il faut sacrifier son amour du moment, et ne pas penser à son goût mais à une vérité qui ne nous demande pas nos préférences et nous défend d’y songer. Et c’est seulement si on la suit qu’on se trouve parfois rencontrer ce qu’on a abandonné, et avoir écrit en les oubliant les Contes arabes ou les Mémoires de Saint-Simon d’une autre époque. Mais était-il encore temps pour moi, n’était-il pas trop tard ?" (...)

"Je me disais aussi : « Non seulement est-il encore temps, mais suis-je en état d’accomplir mon oeuvre ? » La maladie qui, en me faisant comme un rude directeur de conscience mourir au monde, m’avait rendu service (car si le grain de froment ne meurt après qu’on l’a semé, il restera seul, mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits), la maladie qui, après que la paresse m’avait protégé contre la facilité allait peut-être me garder contre la paresse, la maladie avait usé mes forces et comme je l’avais remarqué depuis longtemps au moment où j’avais cessé d’aimer A..., les forces de ma mémoire. Or la recréation par la mémoire d’impressions qu’il fallait ensuite approfondir, éclairer, transformer en équivalents d’intelligence, n’était-elle pas une des conditions, presque l’essence même de l’oeuvre d’art telle que je l’avais conçue tout à l’heure dans la bibliothèque ? Ah ! si j’avais encore eu les forces qui étaient intactes dans la soirée que j’avais alors évoquée en apercevant François le Champi. C’était de cette soirée, où ma mère avait abdiqué, que datait avec la mort lente de ma grand’mère, le déclin de ma volonté, de ma santé. Tout s’était décidé au moment où ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère, j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M. S.... Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer. A ce moment même, dans l’hôtel du prince de Rowling, ce bruit de pas de mes parents reconduisant M. S..., ce tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais de la petite sonnette qui m’annonçait qu’enfin M. S... était parti et que maman allait monter, je les entendais encore, je les entendais eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé. Alors, en pensant à tous les événements qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais entendus et la matinée Rowling, je fus effrayé de penser que c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot, puisque, ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l’écouter, je dus m’efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi. Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est en moi-même que j’étais obligé de redescendre. C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais. Quand il avait tinté j’existais déjà et depuis, pour que j’entendisse encore ce tintement, il fallait qu’il n’y eût pas eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos, cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi, puisque cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus profondément en moi. C’était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant l’intention de mettre si fort en relief dans mon oeuvre. Et c’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment, parce qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà effacés pour eux, mais si cruels pour celui qui contemple et prolonge dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux, jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction. Car après la mort le Temps se retire du corps et les souvenirs - si indifférents, si pâlis - sont effacés de celle qui n’est plus et le seront bientôt de celui qu’ils torturent encore, eux qui finiront par périr quand le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus".


Platon, La république, livre IX "Suppose en outre qu'il lui arrive la même chose qu'à son père, qu'il soit entraîné dans un dérèglement complet, nommé par ceux qui l'entraînent liberté complète, que son père et ses proches portent secours aux désirs intermédiaires, et les autres à la faction opposée; quand ces habiles magiciens et faiseurs de tyrans désespèrent de retenir le jeune homme par tout autre moyen, ils s'ingénient à faire naître en lui un amour qui préside aux désirs oisifs et prodigues : quelque frelon ailé et de grande taille. Ou bien crois-tu que l'amour soit autre chose chez de tels hommes? Non, dit-il, ce n'est rien d'autre. Lors donc que les autres désirs, bourdonnant autour de ce frelon, dans une profusion d'encens, de parfums, de couronnes, de vins, et de toutes les jouissances qu'on trouve en de pareilles compagnies, le nourrissent, le font croître jusqu'au dernier terme, et lui implantent l'aiguillon de l'envie, alors ce chef de l'âme, escorté par la démence, est pris de transports furieux, et s'il met la main sur des opinions ou des désirs tenus pour sages et gardant encore quelque pudeur, il les tue ou les boute hors de chez lui, jusqu'à ce qu'il en ait purgé son âme et l'ait emplie de folie étrangère. Tu décris là de façon parfaite l'origine de l'homme tyrannique. Aussi bien, poursuivis-je, n'est-ce pas pour cette raison que depuis longtemps l'amour est appelé un tyran? Il le semble, répondit-il. Et l'homme ivre, mon ami, n'a-t-il pas des sentiments tyranniques? Si fait. Et l'homme furieux et dont l'esprit est dérangé, ne veut-il pas commander non seulement aux hommes, mais encore aux dieux, s'imaginant qu'il en est capable? Si, certes. Ainsi donc, merveilleux ami, rien ne manque à un homme pour être tyrannique, quand la nature, ses pratiques, ou les deux ensemble, l'ont fait ivrogne, amoureux et fou. Non, rien vraiment".

5/11/2007

L’amour est une forme de suicide

Je viens de relire un petit passage du séminaire I de Jacques Lacan. Concis et instructif.

Il s’agit d’une discussion entre Lacan et Hyppolite.

En résumé, la dialectique spéculaire (la relation à l’autre), introduit deux choses et d’un même coup :

1 – la mort du sujet du fait que la relation à l’autre soumet ce sujet au x de la vie éternelle

2 – une relation à l’autre mortelle. L’autre confond l’image du maître et avec l’image de la mort pour autant que le sujet y est soumis

Conclusion logique : quand l’homme fait l’amour, il veut par l’autre sa propre mort. Le sujet se donne la mort et il le sait.

L’amour est une forme de suicide.

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Ecrits techniques

Lacan J., Séminaire 1953-1954, leçon XIII du 7 avril 1954, version AFI, extrait

« LACAN - Enfin le réel, comme de bien entendu, malgré qu'il soit là, en deçà du miroir, qu'y a-t-il au-delà? Nous avons déjà vu qu'il y a cet imaginaire primitif de la dialectique spéculaire avec l'autre, qui est absolument fondamental. Alors, sou­lignons au passage que nous pouvons dire, en deux sens, qu'elle introduit déjà la dimension mortelle de l'instinct de mort, dimension de la destrudo

1. en tant qu'elle participe de ce qu'a d'irrémédiablement mortel pour l'individu tout ce qui est de l'ordre de la captation libidinale, pour autant qu'elle est en fin de compte soumise à cet x de la vie éternelle;

2. c'est ce que je crois qui est le point important mis en relief par la pensée de Freud, c'est là aussi ce qui n'est pas complètement distingué dans ce qu'il nous apportait dans Au-delà du principe du plaisir, c'est que l'instinct de mort prend chez l'homme une autre signification précisément en ceci que sa libido est originellement en quelque sorte contrainte de passer par une étape imaginaire. De plus, cette image d'image, si vous voulez, s'explique justement, c'est tout le guidage pour lui de l'atteinte à la maturité de la libido à cette adéquation de la réalité de l'imaginaire qu'il y aurait en prin­cipe par hypothèse, après tout, qu'en savons-nous ?

Chez l'animal, dont il semble, et de toujours, qu'elle est tellement plus évidente que c'est de là même qu'est sorti le grand fantasme de la natura mater, de l'idée même de la nature, que l'homme par rapport à cela se représente son inadéquation originelle par quelque chose qui s'exprime de mille façons, même tout à fait objectivable dans son être, toute spéciale impuissance dès l'origine de sa vie. Cette prématuration de la naissance, ce n'est pas les psychanalystes qui l'ont inventée. Il est évident histologiquement qu'au moins cet appa­reil nerveux qui joue dans l'organisme ce rôle, encore sujet à discussion, est inachevé à sa naissance. C'est pour autant qu'il a à rejoindre l'achève­ment de sa libido avant d'en rejoindre l'objet que s'introduit cette faille spéciale qui se perpétue chez lui dans cette relation alors à un autre, infi­niment plus mortelle pour lui que pour tout autre animal, et qui confond cette « image du maître », qui est, en somme, ce qu'il voit sous la forme de l'image spéculaire, alors, qu'il confond d'une façon tout à fait authentique, qu'il peut nommer, avec l'image de la mort. Il peut être en présence du maître absolu, il y est originellement, qu'on le lui ait enseigné ou pas, pour autant qu'il est déjà soumis à cette image.

HYPPOLITE - L'animal est soumis à la mort quand il fait l'amour, mais il n'en sait rien.

LACAN - Tandis que l'homme, lui, le sait; il le sait, et il l'éprouve.

HYPPOLITE - Cela va jusqu'à dire que c'est lui qui se donne la mort; il veut par l'autre sa propre mort.

LACAN - Nous sommes bien tous d'accord que l'amour est une forme de suicide ».

3/30/2007

La mort est une pensée, vidéo de Lacan

Jacques Lacan à Louvain

1972

Un petit passage de l’intervention de Lacan à Louvain est assez instructif sur sa position philosophique sur la mort. La mort est un produit de la pensée et de la croyance. Dans le fond, le problème pour le suicide serait de trop y croire. Lacan est à l’opposé de Cioran (« la vie est supportable uniquement avec l'idée qu'on puisse la quitter quand on veut »).

Lacan : « La mort… est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir, bien sûr. Ca vous soutient ! Si vous n’y croyez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez ? Si on n’était pas solidement appuyé sur cette certitude que ça finira… est-ce que vous pourriez supporter cette histoire ? Néanmoins, ce n’est qu’un acte de foi. Le comble du comble, c’est que vous n’en êtes pas sûr ! Pourquoi il n’y en aurait pas un ou une qui vivrait jusqu’à cent cinquante ans. Mais, enfin quand même, c’est là que la foi reprend sa force.

Alors au milieu de ça, vous savez je que je vous dis là, c’est parce que…et bien, c’est que j’ai vu ça, hein. Il y a une de mes patientes, il y a très longtemps, de sorte qu’on en entendra plus parler, sans ça, je ne raconterais pas son histoire. Elle a rêvé un jour, comme ça, que « l’existence rejaillirait toujours d’elle-même » ! Le rêve pascalien d’une infinité de vie se succédant à elles-mêmes sans fin possible. Elle s’est réveillée presque folle ! Elle m’a raconté ça, bien sûr que je ne trouvais pas ça drôle. Seulement voilà, la vie, ça s’est solide. C’est sur quoi nous vivons justement. La vie alors, dès qu’on commence à en parler comme telle. Bien sûr, nous vivons, ça c’est pas douteux, on s’aperçoit même à chaque instant. Il s’agit de la pensée, prendre la vie comme concept ».