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7/12/2007

La pension des suicides

Un hôtel indien, la pension Mukti Bhawan, « la maison du salut », propose à ses clients quinze jours pour mourir. Cette pension se trouve à côté du Gange, là où des hindous espèrent mourir sur un des bûchers funéraires allumés chaque jour. Le plus souvent les autres hôtels les refusent. Cette pension a donc trouvé un moyen de transformer l’acte suicidaire en valeur d’échange.

C’est une version grimaçante de ce que nous pouvons lire par ailleurs dans le roman de Teulé. Cette pension indienne est choquante par son cynisme et surtout le fait que la religion vient dans ce cas justifier d'inavouables mobiles de la part des proches du suicidaire. Derrière ce masque se trouvent des idées matérialistes, la vie de l’homme étant ravalée au niveau du déchet qu'il faudrait éliminer.

Nous sommes là à l'opposé des actions promues par Kristeva.

Extrait

Notre aimable clientèle est priée de bien vouloir mourir dans les quinze jours

« Accroupi par terre dans sa chambre, Narayan fait frire des piments sur un réchaud portable. A côté de lui, sa mère, Manorama Devi, 80 ans, est allongée sur un châlit de bois, inconsciente, haletante. “C’est la vieillesse. Elle a vécu longtemps. Alors, comment puis-je être triste ? confie Narayan. Kashi (Bénarès) est un lieu très important. Il y a beaucoup de temples. Je suis heureux que ma mère puisse mourir ici.” La famille de Devi ne paiera que la nourriture et l’électricité. Car les familles les plus pauvres ne paient rien pour la location de la chambre ». (…) Entre 30 et 70 personnes meurent chaque mois. (…) Prédire la date d’un décès n’est pas une science exacte : choisir le moment de se rendre à Mukti Bhawan tient du pari. “Les gens qui viennent pensent que la mort est proche, mais si elle tarde, ils sont dans la mouise”, explique Shukla. La famille de Ram Bhog Pandey, 85 ans, commence à être nerveuse. Voilà dix jours que cet ancien instituteur d’un village du Bihar gît sur le sol de sa chambre à Mukti Bhawan. “On l’a amené ici quand les médecins nous ont dit qu’il n’y avait plus d’espoir pour lui”, raconte Daya Shankar, le fils aîné de Ram, qui allumera le bûcher funéraire quand le moment sera venu. Si le vieil homme ne meurt pas dans les prochains jours, il faudra le ramener au village en train. La famille ne peut rester trop longtemps loin de la ferme. “Ce serait vraiment regrettable que mon père ne rende pas son dernier soupir à Bénarès, confie Daya Shankar. Mais qui sait, il aura peut-être une autre chance à la fin de sa prochaine vie ?”

Jonathan Allen

Hindustan Times

Courrier international - n° 871 - 12 juil. 2007

3/15/2007

Sondage "l'euthanasie pousse au suicide ?"

Ce sondage n'avait évidement pas plus de valeur que de se distraire par des questions absurdes posées par un bloggeur futile.

Je l'ai formulé pour connaitre votre opinion, cher lecteur.

Au moment où 2000 médecins ont signé une pétition parue dans le Nouvel Observateur en mars 2007, réclamant d'élargir le droit à l'euthanasie en France, j'ai proposé ce mini sondage.

La question était : "l'euthanasie pousse au suicide ?"

En effet, ce mouvement de revendication pour l’euthanasie d'une partie des médecins s'appuie sur l’actualité. Le procès ainsi que la refonte d'une loi [1], tous deux récents. C'est un mouvement plutôt spectaculaire pour la France. Voir le dossier du Sénat et celui de l’Agora

Ce débat existe depuis déjà de nombreuses années en France et dans d'autres pays[2]. Plusieurs associations ayant un statut international militent plus ouvertement pour le droit au suicide. Sans même chercher à légitimer leur action par les motifs avancés par les médecins français. A visage découvert, sans prendre le voile de l’euthanasie. Il m'est donc paru que la question du droit à l'euthanasie cachait celle du droit au suicide. Une question politique.

L’assistance au suicide est légale dans l’état d’Oregon. En Suisse, les associations comme Dignitas ou Exit, qui proposent une assistance au suicide, ont provoqué une polémique. Elles ont été accusées d’organiser un « tourisme de la mort » (), de retour à l’eugénisme (), d’encourager le suicide et de pousser l’entourage au meurtre.

En psychanalyse, ce dont nous faisons l’expérience, c’est surtout la grande difficulté à interpréter le désir. Le désir coure entre les lignes. Il en appelle à prendre fait et cause pour l’inconscient. Ce qui n’est pas le cas de nombreux médecins.

Dès lors, d’où vient cette certitude des 2000 médecins signataires que les patients auraient un désir de mort ?

Amitiés.

Les résultats du sondage

18 votes

11 oui

7 non


[1] - Votée le 22 avril 2005, la loi Leonetti sur la fin de vie instaure un droit au "laisser mourir" (euthanasie passive).

[2] - l’euthanasie a été légalisée pour la première fois en Hollande en avril 2002 (1913 cas recensés en 2003), puis en Belgique en septembre 2002.