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6/13/2007

When the entourage ignores the suicide

The entourage often passes beside the preparations of a suicide. Sometimes, it is not informed of the whole of it. Deferred action, it has evil to understand what remains often a long time a mystery. Certainly, this incomprehension is fed by the former ignorance of the intentions of committed suicide. Why such an ignorance? Why such a surprise?

The example of the Segantini painter, that Karl Abraham studied, shows that neither its entourage, nor itself knew its close death. Segantini thought of death. But, it did not believe in his, it was not thought mortal. On the contrary, Segantini was impassioned by painting of the mountains. Its entourage was wrongfully reassured and believed it impassioned. Segantini affirmed to have chosen the life ! Therefore Abraham speaks about “unconscious suicide” about it. However, the ultimate term of its passion of painting was indeed death. But, Segantini did not know it.

Under could these conditions, how an entourage which does not suspect nothing be alarmed at the danger? It is as possible as this entourage does not want to take into account indices of suicidal tendencies of which the consequences frighten him.

The entourage has thus a double task to realize after a death by suicide. The first being to recognize that it is indeed about a suicide, in spite of appearances of accident of all kinds. It will be a question for this entourage of overcoming the initial surprise, of deciphering the sometimes thin signs of the last suffering of committed suicide and of clashing with the enigma of an act whose entourage realizes deferred action of the determinants without being able to have the confirmation of it.

We think that committed suicide already made them share of it. But that the entourage did not want to hold of it account for often ridiculous conscious reasons, articulated with the unconscious wish of died of their close relation. It is the whole of these obstacles to the awakening by the entourage of the suicidal dimension of the behavior of their close relation of which we wish to return account. It could appear important to underline this near the entourage, in the situation of the death by suicide of their close relation.

1/09/2007

Segantini (3) : un suicide en double

J’ai évoqué le suicide inconscient du peintre Giovanni Segantini à deux reprises : 1 et 2. Sa vie était marquée par la mort. Sa tentative de la sublimer par la peinture a été un échec. Segantini n’a pas su faire autrement que de se suicider.

Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à dire sur Segantini. En effet, pourquoi son « aspiration à la mort » n’est-elle d’abord qu’une fascination pour le cadavre avant, bien plus tard, de devenir une conduite vers la mort ?

D’abord, la sublimation par la peinture est un succès. Segantini connaît la plénitude de la réalisation de se ambitions en peinture, il vit un moment paisible avec son épouse et ses enfants en haute montagne. Puis, tout bascule. Le mécanisme de son « aspiration à la mort » est déclenché pour se conclure par son « suicide inconscient ».

Il y a un avant et un après déclenchement. Au sens où des hallucinations se manifestent à partir de ce moment. Cette voix, il la reconnaît comme celle de sa mère qui l’appelle à la le rejoindre.

Dans le suicide, c’est une situation courante. Une personne perd un proche. Il a l’impression que le décédé est toujours là, fantomatique, et l’appelle à le rejoindre dans la mort.

On peut situer le moment de la bascule dans « l’aspiration à la mort ». Il peint « L’enfer des voluptueuses ». Convaincu de la nouveauté « exceptionnelle » de son œuvre, il propose son tableau à Berlin en 1891. Mais, le jury ne l’estime pas digne de la plus haute distinction et lui attribue la « mention honorable ». Cette œuvre avait pourtant une « signification particulière ». Il se sent alors « offensé [1]». Déçu, dépité, Segantini déménage. Il se retire du peu de vie sociale qu’il a su maintenir jusque là, et commence ses conduites d’exposition au froid qui le mèneront au décès. C’est là que sa mère lui revient comme un spectre. Jusque là, Segantini avait pu élaborer sa propre mort sans avoir le besoin de s’y précipiter et sans hallucination.

Pour son premier dessin, c’est lui-même qu’il représente à travers la demande de cette mère à l’enfant perdu. Dans cette scène, l’enfant mort, c’est ce qu’il est quand sa mère part. Mais, le dessin se rapporte à une autre mère qui reste vivante. Le dessin est à l’inverse de la situation réelle de Segantini. Une mère vivante et un enfant mort sont représenté au lieu d’une mère morte et d’une enfant survivant.

La première version de son fantasme est donc la suivante : l’enfant est mort, donc elle vit.

Pendant ses études de peinture, à l’école de peinture de Bréra, Segantini envisage de représenter « Le héros mort ». Pour son modèle, il utilise un vrai cadavre. « Il avait dressé le corps contre la paroi le cadavre qui lui servait de modèle. Tandis qu’il s’absorbait dans sa tâche, le corps qui se trouvait exposé au soleil perdit de sa rigidité, se mit à chanceler et tomba en avant [2]». Segantini prêta à cet évènement la valeur du présage de sa propre mort. Ce qui soulignait son identification consciente au cadavre. Ce cadavre est son double dans l’autre et dans le fantasme inconscient d’enfant mort. Avec l’animation du cadavre, le voile se déchire.

La deuxième version du fantasme est : l’enfant vit, donc elle meurt.

En effet, cette inversion se réalise pleinement dans la peinture de Segantini. L’inversion pour l’enfant en entraine une autre, celle de la mère qui devient « malveillante ». Pas tout de suite, quelques années après dans sa peinture et à la fin d’une lutte sans merci pour représenter encore des mères palpitantes dans les tableaux, voir. Mais, au prix d’une dissociation. Segantini doit créer deux mères. Une mère vivante serre son enfant vivant. La mère « malveillante » n’est que suggérée et déplacée sous l’aspect bestial d’une énorme vache, voir.

Finalement, Segantini peint « L’enfer des voluptueuses ». La mère figure toujours en double mais, elles sont toutes les deux mortes. Elles flottent comme dans l’éternité de la mort, ce qu’Abraham a clairement souligné. Au même moment, Segantini peint « Les mauvaises mères », l’enfant vivant est porté par une mère morte. Segantini est placé face à son destin : un enfant doit vivre sans mère. Soit la deuxième version du fantasme. Ce qu’il refuse par son suicide.

Dévoilé, son fantasme revient dans le réel par l’appel de la voix de sa mère morte. Une deuxième hallucination le confirme. Segantini se voit sur une civière, une mère à ses côtés en train de pleurer. Il précise que c’est l’objet de son tableau : « La morte [3] ».

Il y a là une deuxième inversion du fantasme. Il vaudrait mieux que je meure plutôt qu’elle.

Observons qu’Abraham révise son texte pour souligner cette question en 1924. Pourquoi Segantini n’est-il pas passé à l’acte plus tôt ? Abraham met en avant la notion nouvelle pour lui de répétition qui lui est venue par Freud entre-deux. Mais, nous venons de le dire, chaque répétition est l’occasion d’une inversion du fantasme. Elle est la rencontre du cadavre. Le changement de position est alors comme le retour du point de croix en broderie. Le motif de la couture s’enrichit au fur et à mesure des passages du fil sur la pointe. Dans un sens contraire, vers un évidement dans le réel.

Au bout du compte, Segantini n’a pas voulu renoncer à l’idée d’une mère vivante. On peut en déduire la troisième version de son fantasme :

1- l’enfant est mort, donc elle vit

2- l’enfant vit, donc elle meurt

3- il faut qu’elle vive, donc je meurs

Résultat : le suicide de Segantini en double de la mort de sa mère. Ce qui est remarquable pour Segantini, c’est que son suicide soit une conclusion logique et un acte produit par le destin de son fantasme.


[1] - Abraham K., « Giovanni Segantini. Essai psychanalytique », Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, science de l’homme Payot, Paris, 2000, p. 195

[2] - Ibid, p. 203

[3] - Ibid, p. 206. Le tableau figure en haut de ce post.

1/03/2007

Segantini (2) : l'aspiration à la mort

La mort du peintre Giovanni Segantini était un suicide inconscient. Comme je l’ai souligné dans le billet précédent, à la suite d’Abraham. Un montagnard expérimenté comme Segantini, ne pouvait méconnaitre les dangers du froid. Son imprudence fût surprenante.

Abraham donne plusieurs exemples de « suicide inconscient ». Il indique que ces cas sont « non exceptionnels [1] ». C’est par exemple le cas de ceux qui négligent de prendre des mesures de sécurité élémentaires, qui se précipitent au-devant d’une voiture « par mégarde », avalent un produit toxique « par erreur », se blessent « par maladresse ». Abraham range aussi les accidents de montagne dans ces suicides inconscients.

De nos jours, nous ajouterions certains accidents de parachute, de saut à l’élastique, etc…

Sur le plan conscient, Segantini se croyait entièrement voué à sa peinture de la nature. Il se sentait devoir tout mettre en œuvre pour y parvenir. Mais, Abraham le démontre, sa vie entière, « il était accompagné à chacun de ses pas par l’ombre de la mort [2] ».

Le matériel à ce sujet ne manque pas.

Très jeune, il perdit son frère ainé. Vers cinq ans, sa mère décède. Segantini souffrait d’une superstition tenace, le pressentiment de sa mort ne le quittait pas. Son premier dessin lui fût commandé par une mère qui venait de perdre sa fille de moins d’un an et auprès de laquelle il resta dessiner calmement. Plusieurs de ses toiles furent des représentations de scènes de deuil. Si bien qu’Abraham peut affirmer, et on le croit, que « sa première tentative de dessin, comme sa dernière toile, inachevée, sont des images de la mort [3] ». Segantini est d’ailleurs né prématuré, sa mère ayant failli en mourir.

Abraham a su en rendre compte. En deux mots, voilà son explication.

Abraham discerne quatre périodes pour Segantini. Une période heureuse avant le décès de sa mère, une période de déréliction après le décès, une première période heureuse dans son mariage et, à partir de 1892, « l’aspiration à la mort ». La période qui a suivie le décès de sa mère lui est particulièrement éprouvante. Segantini est placé chez ses sœurs, son père l’abandonne très vite en partant avec l’un de ses frères aux Etats-Unis. Segantini ne se met pas toute de suite à la peinture, mais il se rend compte assez vite que celle-ci lui procure une plénitude inégalée.

L’analyse d’Abraham est convaincante. Tout ce qui relève de la peinture est associé à sa mère. Segantini rejette ce qui vient de son père. Mais, cette peinture qui semble avoir une fonction de sublimation, le place aussitôt dans la position de son fantasme, celui d’un enfant mort.

Ce qui explique plusieurs de ses toiles. Par exemple, Les mauvaises mères (The evil mothers peint en 1894 et exposé à Vienne) qui montre une femme, un peu spectrale, recroquevillée et sur son sein, un enfant « abandonné et « desséché par le manque d’amour », voir. L’idée d’Abraham, c’est que Segantini a tenté d’idéaliser sa mère par la peinture, mais que le désir de vengeance, son désir de punir sa mère de l’abandon qu’elle lui a infligé, a refait surface [4].

Donc, pour Abraham, la sublimation aura rempli une partie de son objectif en procurant l’extase de la peinture au prix d’un refoulement. Mais, elle n’aura pas réussi à protéger Segantini de son fantasme de mort.

C’est ce dernier qui le tuera.

Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à dire sur Segantini. En effet comment expliquer que son « aspiration à la mort » ne soit d’abord qu’une fascination pour le cadavre avant, bien plus tard, de devenir une conduite vers la mort.

Donc : à suivre !


[1]- Abraham K., Œuvres complètes, tome I, 1907-1914, science de l’homme Payot, Paris, 2000, p. 205, (lire l’article d’Abraham)

[2] - Abraham Ibid, p. 208

[3] - Ibid, p. 203

[4] - Ce qui avait été refoulé a fait retour dans sa peinture même. Abraham ne le dit pas comme ça. Mais la Gradiva de Freud a été publiée en 1907 et Abraham l’a lue avant son étude sur Segantini. Dans la Gradiva, Freud explique comment le refoulé revient dans l’instance refoulante elle-même. Pour cela, il prend l’exemple du tableau de Félicien Rops, La tentation de saint Antoine, voir