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10/03/2007

Pétitions contre les tests ADN

L'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et l'association anti-raciste SOS-Racisme ont lancé une pétition contre la possibilité de recourir à des tests ADN comme preuve de filiation, actuellement en débat au Parlement. Elle s'oppose à l'amendement Mariani (Député UMP).

La pétition

Les auteurs appellent le président de la République Nicolas Sarkozy et le gouvernement "à retirer cette disposition, sous peine de contribuer, en introduisant l'idée que l'on pourrait apporter une réponse biologique à une question politique, à briser durablement les conditions d'un débat démocratique, serein et constructif sur les questions liées à l'immigration".

Et les autres pétitions :

http://tmp.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1625

http://www.ma6tvachanger.fr/

6/07/2007

Nouvelles de la question génétique du suicide

Depuis l’affaire Sarkozy, j’ai pris un malin plaisir à consulter les résultats des recherches sur la question de la génétique pour le suicide. C’est très distrayant, je vous le conseille. On ne manque pas de rire de la naïveté de telles recherches menées par nos scientifiques.

En mai 2007, une revue réputée sérieuse a publié le résultat d’une méta-analyse sur cette question. Méta-analyse ?

Quand les scientifiques sont pris de doutes sur le résultat de leurs propres recherches, ils se mettent à étudier les résultats de leurs collègues pour voir si tout le monde dit pareil. Cela leur permet de se rassurer un peu et de continuer à croire à l’impossible, n’est-ce pas ?

Deux gènes sont suspectés : HTR1b (codant le récepteur 1B de la sérotonine) et le COMT (qui inactive les catecholamines). Dans cet article, les auteurs expliquent que, finalement, l’étude d’environ 1.108 « cas » ne montre pas d’association entre ces gènes et le suicide.

Je résume, mais c’est là que cela devient drôle.

Les auteurs ne trouvent finalement pas d’association entre ces gènes et le suicide. Par conséquent, ils seraient en droit d’en tirer la conclusion qui s’impose : il n’y aucun lien entre la génétique et le suicide. Et bien non !

Ils ont quand même réussi à trouver un lien entre le gène COMT et le sexe.

Suivez le raisonnement, c’est totalement tordu.

Le gène COMT est lié au sexe, il est « plus souvent » présent souvent chez les hommes. Or, les hommes réussissent plus souvent leur suicide, donc, « il serait possible » que le COMT soit un gène de mortalité par suicide ! Ces auteurs ne sont vraiment pas sérieux !

Il s’agit bien évidemment d’un syllogisme, une faute de logique impardonnable. Cela montre que ces scientifiques ont vraiment du mal à abandonner une idée fausse. En cela, ils cessent de faire de la science et ne méritent plus leur nom de scientifique. Je vous le disais, il y a de quoi rire pendant un moment.

Quand à Sarkozy, il n’y a pas de quoi rigoler. Jacques-Alain Miller nous fait savoir que le président y croit toujours et qu’il vient de recruter un généticien dans son cabinet.

A suivre…

Kia-Keating BM, Glatt SJ, Tsuang MT, “Meta-analyses suggest association between COMT, but not HTR1B, alleles, and suicidal behaviour”,(San diego), Am J Med Genet B Neuropsychiatr Genet, 2007, may 24

5/30/2007

On est là pour le jogging, pas pour parler du suicide !

Si le suicide est génétique, l'affaire est close avec deux petits coups de cuillère à pot ! Fermez les bancs ! Circulez, joggez ! Il n'y a plus rien à dire ! Un petit mot de condoléances à l'adresse des familles endeuillées ne ferait peut-être pas de mal ? Non ? La politique qui s'appuie sur la science montre son envers. Elle passe en courant sur les sujets en souffrance. Entre deux dossiers, Nicolas Sarkozy s'offre un jogging au fort de Brégançon Le président Nicolas Sarkozy s'est offert trois quarts d'heure de jogging samedi matin sur le chemin de Cabasson, à côté du fort de Brégançon (Var), entouré de son service de sécurité habituel, a constaté un correspondant de l'AFP.

Interrogé à son retour sur la tentive de suicide de deux adolescentes à Ajaccio, M. Sarkozy a répondu : "je ne suis pas là pour parler de çà, mais c'est abominable".

4/17/2007

Le gourdin contre le suicide

Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, vient de prendre position sur le suicide et la pédophilie. Elle plaide pour la philosophie des lumières, et souligne justement que Sarkozy n’a pas choisi des pathologies pour lesquelles les prédispositions génétiques font débat comme l’autisme. Il a choisi d’évoquer deux actes sans point commun et justement sans prédisposition génétique particulière.

Ces actes sont tellement multiples, variés, qu’on ne peut justement pas les unifier par un gène.

« Certes, le suicide est universel, mais il a de multiples facettes. Osera-t-on comparer l'attitude d'un Pierre Brossolette préférant se donner la mort plutôt que de parler sous la torture, avec l'immonde suicide collectif des chefs nazis dans leur bunker, choisissant l'autodisparition plutôt que la confrontation avec leurs crimes ? Le suicide d'un adolescent rebelle à sa famille ressemble-t-il à celui d'un malade incurable qui dé­cide d'en finir avec ses souffrances ? Certainement pas », indique-t-elle.

Contre le travail de la pensée et des lumières, Roudinesco discerne de la part de Sarkozy la volonté d’allier le « gourdin et de la belle âme ». C’est une utilisation politicienne de la biocratie, une tendance politique démasquée par Michel Foucault. C’est-à-dire, une perversion de la science par la police.


Ne politisons pas la génétique !

Par Élisabeth Roudinesco Publié le 13 avril 2007 Par Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse. Qu'il parle de gènes ou qu'il prétende réinventer le vieux débat sur l'inné et l'acquis, à coups de références à la plasticité cérébrale, Nicolas Sar­kozy, sur le fond, n'a pas changé d'avis. Il continue à croire que la pédophilie et le suicide résulteraient d'une disposition génétique. Il a l'air de ne pas se soucier d'avoir désormais contre lui les représentants de l'Église catholique, les généticiens et les humanistes athées ou chrétiens. Les uns pensent que si un pédophile est ainsi désigné par ses gènes, on le transforme en un être irresponsable, inapte à être jugé ou sanctionné. Les autres soulignent au contraire qu'en se réclamant d'un tel déterminisme, on méprise la philosophie des Lumières qui a toujours affirmé que le pire des hommes pouvait être rééduqué par la raison. Qu'un candidat à l'investiture suprême puisse parfois se montrer impulsif, cela est pardonnable dans le contexte d'une campagne où il est lui-même stigmatisé de façon scandaleuse par la famille Le Pen, en tant que fils de l'immigration. Mais rien ne saurait excuser l'arrogance avec laquelle il revendique une opinion absurde. Il n'a pas soutenu que telle ou telle maladie mentale - autisme, schizophrénie, etc. - puisse relever d'une prédisposition génétique, ce qui fait débat aujourd'hui. Non, il a choisi deux catégories d'actes - la pédophilie et le suicide - qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre mais qui ont pour seul point commun de ne relever d'au­cune sorte de prédisposition géné­tique. Nicolas Sarkozy a donc réussi le tour de force de récuser, peut-être à l'insu de son plein gré, les principes de la religion dont il se réclame, l'héritage humaniste dont il devrait être le garant et le ­discours de la science dont il ne ­cesse de valoriser les acquis. Connue depuis la nuit des temps, la pratique de la mort volontaire a toujours existé dans toutes les sociétés. Et si le mot n'est apparu que tardivement (entre 1636 et 1734), il a ­fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que cet acte, considéré comme héroïque dans le monde antique et le Japon féodal, puis diabolisé par le christianisme, soit regardé, dans les démocraties modernes, comme une pathologie de type dépressif liée à un environnement psychique ou social. « Certes, le suicide est universel, mais il a de multiples facettes. Osera-t-on comparer l'attitude d'un Pierre Brossolette préférant se donner la mort plutôt que de parler sous la torture, avec l'immonde suicide collectif des chefs nazis dans leur bunker, choisissant l'autodisparition plutôt que la confrontation avec leurs crimes ? Le suicide d'un adolescent rebelle à sa famille ressemble-t-il à celui d'un malade incurable qui dé­cide d'en finir avec ses souffrances ? Certainement pas ». Quant à la pédophilie, elle n'a été criminalisée - à juste titre, d'ailleurs - que depuis un siècle. Considéré aujourd'hui comme un pervers sexuel, le pédophile est ­certes psychiquement malade. Mais il n'est ni fou, ni pénalement irresponsable (au sens de l'article 122 du Code pénal). Quand on ne croit qu'à la causalité génétique, on peut jouer les docteurs Folamour, façon Orange mécanique, et traiter les déviants par des châtiments corporels (castration ou amputation) ou par des addictions à la normalité. Cela se fait, cela est horrible et inefficace. Mais on peut aussi soigner dignement, et avec succès, les pédophiles par des psychothé­rapies qui leur permettent, sinon de guérir de leur perversion, du moins de la contrôler et de ne pas y céder. Cela n'empêchera jamais l'existence de récidives. La société sans risques n'existe pas, puisque la condition humaine est traversée autant par sa passion de l'idéal du bien que par son envers : l'amour de la haine. Nicolas Sarkozy n'est ni anti­sémite ni l'adepte d'une quelconque vieille droite française chauvine et xénophobe, même s'il rêve de la domestiquer. Il est plus simplement l'imitateur d'une école de pensée bien connue, le néoconservatisme extrême, aujourd'hui désavouée par plus de la moitié du peuple américain et par ses élites à cause de ses résultats politiques et écono­miques désastreux. Aussi bien adhère-t-il à une vision de la société centrée, d'un côté, sur l'utilisation policière des communautarismes ethniques et religieux et, de l'autre, sur la bio­cratie, laquelle consiste à pervertir les données de la science pour faire croire en l'idée qu'une société pourrait être entièrement nettoyée de ses éléments indésirables : l'alliance du gourdin et de la belle âme. Nicolas Sarkozy s'étonne toujours de l'image que la société lui renvoie de lui-même : « On me dit que je fais peur, dit-il, on me prend pour un monstre. » Assurément, il ne l'est pas. Aurait-il peur, cependant, de l'idée que la peur qu'il croit sus­citer chez autrui soit à ce point ancrée dans ses gènes qu'il ne saurait comment y remédier ?

4/16/2007

Non, les gènes ne commandent pas le comportement et le destin des humains

Le collectif Pasde0deconduite vient d'annoncer un communiqué de presse sur son site.

C'est une réaction très importante dans le contexte de cette semaine d'élection présidentielle.

Ci-dessous le communiqué qui peut être téléchargé à partir du site de Pasde0deconduite.

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Non, les gènes ne commandent pas le comportement et le destin des humains

Communiqué de presse Pasde0deconduite du 13 avril 2007

Le Collectif Pasde0deconduite s’élève vigoureusement contre les allégations de biologisation des comportements qui ruinent toute possibilité de bâtir des actions pour une prévention, prévenante, humanisante et éthique. De tels points de vue confisquent la liberté d’un être humain « de devenir celui qu’il choisit d’être » (A. Jacquard).

Le collectif Pasde0deconduite qui regroupe de nombreux citoyens et la plupart des professionnels du développement de l’enfant, de la prévention, des soins, de l’éducation et de l’accueil, dont l’action, avec 200 000 signataires de l’appel « Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans », a contraint le gouvernement à retirer son projet de détection précoce des « troubles du comportement » chez les jeunes enfants de la loi sur la prévention de la délinquance,

- affirme que la thèse selon laquelle la pédophilie, les tendances suicidaires chez les jeunes ou l’homosexualité seraient d’origine génétique n’est pas scientifiquement fondée ni cliniquement éprouvée ;

- soutient qu’elle procède d’une conception idéologique pervertissant l’autorité de la science pour disculper l’environnement social de sa part dans l’apparition de certaines pathologies.

Une telle position rend caduques les influences sociales et culturelles et désavoue l’action de l’éducation, du soin et de la culture ;

- constate que, malgré les mises en garde sévères du Comité Consultatif National d’Éthique rappelant les risques que feraient courir au nom de la science une stigmatisation précoce des jeunes enfants, un des candidats à la présidence de la République récidive en proposant d’inscrire le destin des individus dans les cartes génétiques des chromosomes ;

- fait remarquer qu’une telle déclaration fait fi des recommandations prudentes des scientifiques dont tous les travaux actuels établissent l’étroite interaction permanente entre gènes et environnement dans le développement spécifique et singulier de chaque personne.

Nous appelons l’ensemble des professionnels de terrain et du champ de la recherche à se rassembler et s’exprimer dans le débat de société pour rejeter la primauté d’un déterminisme biologique et génétique du développement de l’enfant et de thèses hygiénistes dans l’élaboration des politiques publiques de santé, d’éducation et d’action sociale.

4/15/2007

Freud a réglé la question génétique en deux coups de cuillères à pot !

Le suicide est génétique ?

Cela voudrait dire que nous pourrions le recevoir de nos parents ?

Il serait possible de le transmettre à nos enfants ?

Cette question est tout particulièrement angoissante pour chacun d’entre nous. Depuis que Sarkozy a lancé ce slogan terrifiant, j’ai l’impression que beaucoup de personnes l’ont entendue. Les entretiens psy en sont saturés. Sarkozy se rend-il compte à quel point la peur monte à ce propos ?

Un exemple au début de cette semaine. Je reçois une dame dont la mère vient de se suicider. Très angoissée, elle demande : « Monsieur, est-ce que c’est génétique ? Il y a des similitudes. C’est ravageur. Ma mère s’est jetée du haut de sa fenêtre. Elle n’a pas voulu faire comme ma tante qui s’était laissé mourir de faim. Ma tante est morte dans mes bras, c’est affreux. Je m’en occupais. Elle m’a attendue pour ça, dans les dix minutes de mon arrivée, elle est morte. Est-ce que mes enfants vont l’avoir aussi ? Est-ce que je l’aurai si ma mère en est morte ? »

Cette dame a été élevée par sa tante, elle se sentait proche de sa mère. Les motifs d’une identification à ces femmes mortes sont nombreux. N’oublions pas que nous nous construisons par ce que nous voyons, entendons et percevons de l’autre. Ce qui nous vient en premier, et très tôt, se trouve à la maison, puis à l’école. Au-delà des gènes.

Certains disent : « environnement ». Sans vouloir en tenir compte…

Que dire à cette dame ?

Madame, faites un prélèvement ?

Ne concevez pas d’enfants ?

Ou alors : Madame, en quoi la mort de votre tante et votre mère vous mobilise-t-elle autant ? Que vous ont-elles « transmis » d’autre ? Quelle en est votre part ?

Freud s’est montré assez radical quand à l’hérédité des névroses. La névrose peut en effet se « transmettre ».

Mais, pas par les gènes ! Par identification.

Au début de sa réflexion, Freud pensait que cette transmission était réelle. Un parent abusait sexuellement de sa progéniture (son fils) qui, à son tour abusait d’un autre parent de la génération suivante (un neveu). Il écrit ça dans une lettre à Fliess dans les années 1890. Prenant la peine d’un petit schéma, il décrit une transmission de la névrose sur trois générations, estimant même que ce serait peut-être une des conditions de l’apparition de cette névrose.

Puis, Freud renonce à la théorie de l’abus sexuel pour celle du fantasme. L’abus a pu été fantasmé.

Freud est très clair sur l’hérédité dès 1896[1]. A cette époque, Charcot attribuait un rôle important à « l’hérédité nerveuse » dans la théorie étiologique des névroses, « les autres influences étiologiques ne devant aspirer qu’au nom d’agents provocateurs ». En particulier pour l’hystérie.

En somme, pour les psys de l’époque (Charcot, Janet, etc...), c’était : les gènes d’abord, l’environnement après, comme avec Sarkozy.

Mais, Freud entretient « quelques soupçons ».

Ses objections sont tirées de faits :

- des affections jugée héréditaires ne sont pas neurologiques, mais dérivent d’altérations post-infectieuses

- on accepte des affections nerveuses de la famille sans en compter la fréquence et la gravité. Sans distinguer des transitions et des degrés de disposition. Sans voir qu’aucune famille n’y échappe tout à fait.

- On exclut les névroses acquises par principe et non pas sur la base d’études statistiques. Mais il existe des névroses acquises par des hommes non prédisposés.

- Même dans la syphilis ont a appris à reconnaître des influences dont la collaboration est indispensable que l’hérédité à elle seule ne saurait produire.

- La neurasthénie peut se produire chez « l’homme parfaitement sain de famille irréprochable » (…) si elle se bornait aux gens prédisposés, elle n’aurait jamais gagné l’importance et l’étendue que nous lui connaissons »

- Il faut distinguer l’hérédité « similaire » et « dissimilaire » : si la pathologie est strictement la même pour les deux parents, elle est « similaire ». Si les membres d’une famille ont des pathologies diverses, elle est « dissimilaire », à côté d’eux et dans la même famille, il y a des membres qui restent sains, et la théorie de l’hérédité ne dit pas pourquoi cette « personne supporte la même charge héréditaire sans y succomber ». Ni pourquoi une personne « aura choisi, parmi les affections qui constituent la grande famille névropathique, une telle affection nerveuse au lieu d’en avoir choisi une autre ». Donc, « il y a lieu de soupçonner l’existence d’autres influences étiologiques », sans cette étiologie spécifique, « l’hérédité n’aurait pu rien faire »

Donc, l’hérédité n’est pas le sésame qui donne toutes les explications possibles et définitives à l’explication du suicide. Il faut y rechercher d’autres influences que génétiques et que les gènes n’expliquent pas.

Évidement, cela demande un peu d’effort, de la lucidité. Et une bonne dose d'honnêteté et de courage humain !


[1] - Freud S., « L’hérédité et l’étiologie des névroses » (1896), Névroses, psychoses et perversions, Paris, PUF, 1973, p. 47-59

4/13/2007

Que dire quand Sarkozy évoque le suicide ?

Le tollé suscité par les propos de Sarkozy sur le suicide montre une chose : c’est Sarkozy qui a eu le dernier mot !

Très paradoxal, n’est-ce pas ?

En effet, le premier moment, les premiers mots de Sarkozy étaient : « génétiquement », les jeunes qui se sont suicidé « avaient une fragilité ».

Et puis, la réponse est venue de tous bords, de toutes tendances, de toutes dimensions (philosophiques, politiques, religieuses, etc…). Tout y passe. Mais, c’est à se demander quelle en est l’efficacité politique.

Troisième temps, Sarkozy ponctue par : « j’ai avancé ces idées pour en débattre ». Et c’est ce qu’il s’est passé, il y a un débat.

Mais j’ai la très désagréable impression que ce débat tourne à la parlotte sur « l’inné et l’acquis ». Car personne n’oblige vraiment Sarkozy à s’avancer sur ses idées en tant que candidat. Voilà une bonne question à lui poser !

Alors, si le suicide indique une « fragilité génétique », que propose Sarkozy, candidat à la présidence de la République ?

Une fois président, cela veut-il dire qu’il compte dépister le suicide à la naissance ? Stériliser les mères suicidaires ? Interdire le baccalauréat aux enfants de suicidaires ? Financer un laboratoire pour établir la carte du gène du suicide ? Appeler à la générosité des français ? Lancer un « suicideton » ?

Quoi encore ?

Ficher les suicidaires ? Inscrire « suicidaire » sur la carte vitale ? Coupler les numéros de portables, la carte vitale et la carte bancaire pour interdire aux suicidaires d'emprunter pour acheter leur toit ? Rapprocher le fichier des suicidaires de celui des délinquants ? Mettre les suicidaires dans des centres (ou en prison s’ils sont pédophiles de surcroit) ?

Quoi d’autre ?

Que fera Sarkozy des maliens suicidaires ? Interdire leur mariage avec une française ? Les stériliser ? Les mettre dans un Airbus ?

(Ces questions sont abordées dans une belle synthèse de Joseph Mornet Psy-désir et un article du courrier de l'Unesco apport un éclairage intéressant des enjeux sociaux et économiques).

Malheureusement, Sarkozy n’a pas énoncé les conséquences politiques de son affirmation initiale. Il n’a pas argumenté sur ce qu’il a dit à Onfray. Il n’a ni développé, ni expliqué ce qu’il entendait par là. Il n’est pas allé au bout de ce qu’il a dit.

Il a reculé sur sa pensée pour la réduire à un « débat » qu’il cède volontiers aux autres. Il a cédé, quoi ! C’est une esquive qui indique sa position : « mon premier mot est le dernier et puis je me tais et vous débattez ! ».

Son refus de répondre à la rédaction du journal Libération est le symptôme qui démasque cette position.

4/02/2007

Sarkozy : on nait suicidaire

Un faute de jugement qui en dit long sur la politique de N. Sarkozy1 au sujet du suicide :

1- on nait suicidaire

2- c’est une fragilité qui échappe à l’environnement, aux parents

3- donc : si un jeune se suicide, « ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! »

C’est une erreur absolue car :

- quel le scientifique peut prétendre connaître le gène du suicide ?

- comment une personne pourrait-elle ignorer ce que son entourage lui dit ?

- est-il possible que ce que lui dit son entourage puisse n’avoir aucun effet ?

La conséquence politique est plus grave qu’une simple erreur de jugement : si le suicide est génétique, n’y a-t-il pas là le risque de laisser ces personnes en plan sous prétexte que contre les gènes, il n’y a rien à faire ?

Extrait de l'entretien rapporté dans Philosophie magazine

M.Onfray : « Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons ». N.Sarkozy : « Je ne suis puis d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense ».

1- « Confidences entre ennemis », entretien entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray, lu dans Philosophie Magazine, avril 2007, propos recueillis par Alexandre Lacroix et Nicolas Truong

3/30/2007

« Gêne éthique » : la « science » génétique alliée de la tendance suicide

A lire absolument : le témoignage d’un praticien hospitalier psychiatre proposé par Pierre Sidon sur le site de la SARP

Le patient de ce psychiatre est convaincu de n’être rien d’autre qu’un objet d’étude génétique de la part du service hospitalier universitaire qui « l’accueille ». Où les chercheurs en génétique familiale en psychiatrie sont les alliés objectifs de sa tendance suicide. Sa mère a du le rattraper au cours d’une défenestration.

Ces chercheurs ne font qu’alimenter son « sentiment inexpugnable d’être en trop » et pousse ce jeune homme à « rejoindre l’objet néant qu’il est pour l’Autre".