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10/12/2007

Appel à témoigner

Bonjour à tous, Je m'appelle Katia et j'ai perdu ma sœur d'un suicide en mai 2006. (A ce titre, il parait que la première semaine de mai voit toujours une recrudescence de suicide, dixit les gendarmes) Lire la suite

6/29/2007

Quand l’entourage ne croit pas au suicide

En ce qui concerne l’entourage d’un suicidaire ou des endeuillés après un suicide, deux choses sont importantes. Cet entourage le sait-il ? Est-il prêt à le croire ? Que ce soit de croire ce que lui dit celui qui veut mourir ou de croire que l’acte du défunt est bel et bien un suicide.

Cette façon de poser le problème permet de distinguer des situations différentes selon que l’on sait ou pas ; que l’on y croit ou pas.

Cela conduit à quatre possibilités :

1- on ne le sait pas et on ne le croit pas

2- on le sait et on ne le croit pas

3- on ne le sait pas et on le croit

4- on le sait et on le croit

Une inconnue incroyable

La première situation possible est de ne pas savoir qu’un proche veut se suicider et de ne pas le croire possible. La tendance à la destruction existe, mais elle n’est pas toujours présente à l’esprit de l’entourage. Comme les tours du 11 septembre 2001. On imagine la catastrophe possible. Et puis l’écran se crève, le rideau se lève sur le désastre. Les tours sont bel et bien détruites. Le passage à l’acte a détonné.

En somme, bien que l’entourage en ait déjà fait l’expérience avec d’autres personne que leur proche ou qu’on lui en ai déjà assez parlé pour être prévenu de la réalité du suicide, c’est comme s’il n’y croyait pas. Ce qui explique que l’entourage passe souvent à côté des préparatifs d’un suicide. Sans le savoir.

Savoir l’incroyable

Même si l’on sait que l’un de ses proches va mal et qu’il est susceptible de se suicider, il faut encore parvenir à le croire possible. L’histoire de Martine en est un exemple. Elle savait que son frère allait mal et que le suicide était au bout, mais elle ne l’a pas cru possible.

Martine évoque sa fille de 12 ans, Julie qui n’accepte pas la présence de son jeune frère de 9 ans, Damien, « c’est tout pour elle et rien pour les autres. Elle n’a jamais accepté la naissance de son petit frère ».

Il se trouve que la relation de Julie avec son frère est le calque de celle de Martine avec son frère. Martine et sa fille sont toutes les deux jalouses de leur frère. Mais les difficultés de Martine avec sa fille lui cachent celles avec son frère. Tout en le sachant, elle ne fait pas état de ce qui arrive à son frère en entretien et ne se préoccupe que de sa fille. Cela lui permet de ne pas s’en sentir responsable.

Plus tard, Luc se suicide chez lui avec des médicaments. En concubinage avec une autre femme, son frère se sépare d’elle peu avant son suicide alors que les rapports avec son ex-épouse s’enveniment et qu’il ne peut pas voir ses enfants. Martine savait que Luc n’allait pas bien, mais elle n’a pas cru qu’il pourrait en mourir.

Ce qui l’a empêché de venir en aide à son frère et même aggravé son isolement. Son refus d’y croire l’a rendu responsable de son suicide.

Croire à ce que l’on ne sait pas

Inversement, l’entourage peut croire le suicide possible sans savoir que cela concerne l’un de ses proches. Dans ce cas, la prise de conscience se fait par le biais d’un tiers comme pour Jeannine.

Jeannine en veut à sa mère, mais elle ne sait pas que sa mère pourrait se suicider. Elle est toutefois prête à croire que quelqu’un d’autre peut se suicider.

Jeannine enseigne aux tout petits en maternelle. Un jour de classe, Jeannine voit arriver Lucie, cinq ans, avec son père en larmes. La mère de Lucie venait de se suicider. Divorcé, le père de Lucie va la reprendre avec lui, Lucie devra changer d’école. « Je lui ai dit qu’elle retrouverait d’autres copines en changeant d’école ». Jeannine s’effondre en sanglots, elle est profondément touchée par la scène de ce père avec une jeune fille ayant perdu sa mère. « Elle venait toujours avec sa grande sœur. Si sa mère l’amenait à l’école. Sa mère était marquée par la vie, elle avait eu trois enfants, comme ma mère. C’était toujours la grande sœur qui parlait pour sa mère comme moi pour mes sœurs. Qui est cette mère pour faire ça à ses enfants ? »

Jeannine est clairement identifiée à la grande sœur de Lucie. Quand elle la voit arriver avec son père alors que sa mère vient de se suicider, Jeannine rencontre chez d’autres, une partie de sa propre histoire.

En effet, Jeannine passe son temps à m’expliquer qu’elle ne supporte pas sa mère dont elle trouve l’action néfaste pour ses frères et sœurs. Jeannine a depuis longtemps décidé de s’interposer. Cela montre ce que Jeannine refusait jusqu’à maintenant : pour pouvoir se tenir près de son père, il fallait mettre sa mère à l’écart. Dans un effet d’après-coup, Jeannine réalise que la mise à l’écart de sa mère pouvait lui être éprouvant au point de signifier sa mort. De fait, ce refus la rendait aveugle à la souffrance de sa mère et faisait de Jeannine la dernière personne à pouvoir comprendre et lutter contre la détresse de sa mère.

Croire à ce que l’on sait

Certaines rares personnes parviennent à croire en ce qu’ils savent de leur proche. C’est le cas de Agnès Favre qui a rédigé un roman qui porte sur le suicide de sa fille, Sarah2. Je pense que cette situation exceptionnelle est le résultat du travail que Favre a pu produire avec l’aide de son psychothérapeute, le Dr Marie Choquet, et sans doute aussi de l’écriture.

Sarah veut mourir après le déménagement de ses parents quand elle a 14 ans. Même si Favre espère le contraire, elle sait que sa fille veut mourir. Etapes par étapes, elle raconte le développement sinistre d’un processus qui conduit finalement Sarah à se jeter du pont d’Aquitaine à l’âge de 16 ans.

Bien sûr, le fait d’avoir su et d’avoir cru sa fille n’a pas empêché le passage à l’acte. Mais, il est possible que cette forme de lucidité ait permis à Favre de ne pas vouloir y passer ensuite. Son témoignage est bouleversant.

Au-delà de l’incroyable

L’entourage a donc une double tâche à réaliser après un décès par suicide. La première étant de connaître les idées de suicide du proche concerné ou de parvenir à reconnaître qu’il s’agit bel et bien d’un suicide, malgré les apparences d’accident de toutes sortes. Il s’agira pour cet entourage de surmonter la surprise initiale, de décrypter les signes parfois minces de la souffrance actuelle ou passée du suicidé. Cet entourage aura aussi à s’affronter à l’énigme d’un acte dont l’entourage s’aperçoit après-coup des déterminants sans pouvoir en avoir forcément la confirmation.

Savoir que l’un de ses proches envisage le suicide ne suffit pas. Les raisons de cette incroyance sont méconnues de l’entourage comme nous l’avons vu pour Jeannine Elles sont parfois articulées à un voeux inconscient comme le montre l’histoire de Martine.

Ces éléments sont importants à souligner auprès de l’entourage quand on les reçoit après le décès de leur proche. Il est nécessaire de lui permettre d’y accéder.

6/13/2007

When the entourage ignores the suicide

The entourage often passes beside the preparations of a suicide. Sometimes, it is not informed of the whole of it. Deferred action, it has evil to understand what remains often a long time a mystery. Certainly, this incomprehension is fed by the former ignorance of the intentions of committed suicide. Why such an ignorance? Why such a surprise?

The example of the Segantini painter, that Karl Abraham studied, shows that neither its entourage, nor itself knew its close death. Segantini thought of death. But, it did not believe in his, it was not thought mortal. On the contrary, Segantini was impassioned by painting of the mountains. Its entourage was wrongfully reassured and believed it impassioned. Segantini affirmed to have chosen the life ! Therefore Abraham speaks about “unconscious suicide” about it. However, the ultimate term of its passion of painting was indeed death. But, Segantini did not know it.

Under could these conditions, how an entourage which does not suspect nothing be alarmed at the danger? It is as possible as this entourage does not want to take into account indices of suicidal tendencies of which the consequences frighten him.

The entourage has thus a double task to realize after a death by suicide. The first being to recognize that it is indeed about a suicide, in spite of appearances of accident of all kinds. It will be a question for this entourage of overcoming the initial surprise, of deciphering the sometimes thin signs of the last suffering of committed suicide and of clashing with the enigma of an act whose entourage realizes deferred action of the determinants without being able to have the confirmation of it.

We think that committed suicide already made them share of it. But that the entourage did not want to hold of it account for often ridiculous conscious reasons, articulated with the unconscious wish of died of their close relation. It is the whole of these obstacles to the awakening by the entourage of the suicidal dimension of the behavior of their close relation of which we wish to return account. It could appear important to underline this near the entourage, in the situation of the death by suicide of their close relation.

6/03/2007

No kid = no suicide !

Hier soir, j’ai eu l’occasion de regarder l’émission « On est pas couché » de Laurent Ruquier où Corinne Maier était invitée. La q

uestion du suicide lui a été posée de façon tout à fait spéciale et tendancieuse.

Cette émission est assez éclectique et manifestement la discussion tournait autour des relations mères-filles. Le débat animé par Michel Polac et Eric Zemmour, concernait Jane Birkin, Lou Doillon et Clémentine Celarie. Corinne Maier était invitée pour son livre récent : « No kid – Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant » aux éditions Michalon.

Maier défend une position tranchée sur les enfants. Les enfants sont « chiants » et si vous en avez la possibilité, abstenez-vous !

Maier a développé ses arguments et Zemmour a commencé à s’inquiéter des conséquences de sa thèse pour le social : « mais, alors si l’on va au bout de votre raisonnement, la société va se suicider ». De façon cohérente avec sa politique de provocation, Corinne Maier répond du point de vue collectif sur lequel Zemmour l’avait placé : « Avoir des enfants est une question de classe sociales. Si vous en avez les moyens, vous pouvez toujours en importer sans en faire vous mêmes ! Si vous n’en avez pas les moyens vous subirez les vôtres !» Maier a du alors affronter une charge vertueuse de Celarie qui décide de la provoquer : « Votre idée est nulle ! Si c’est comme ça, je vais écrire un livre pour donner quarante raisons d’avoir un enfant » !

Donc, la vie c’est avoir des enfants, le suicide serait de ne pas en avoir ? D’où vient cette radicalisation ? Comment peut-on en venir là ? N’y aurait-il pas une erreur quelque part ?

Mis à part le côté dialogue de sourds de l’émission, le point soulevé par Maier ne manque pas de pertinence. Mais, il est peut-être une chose qui n’a pas été clairement dite au cours de l’émission. Maier, avec son livre, prend une posture personnelle, elle prône « le sujet d’abord ». Si ce sujet est conséquent avec ses désirs et qu’il ne cède pas, il devrait chercher à ne pas avoir d’enfants pour ne pas compromettre les désirs incompatibles avec la présence des enfants. Ce sujet est radicalement indifférent à ce que peut devenir une société, il privilégie ses intérêts même s’ils sont contraires à ceux du social. Il n’a cure de savoir si la société croit ou décroit !

Zemmour a pris le contre-pied. Il ne parle pas au nom des individus, il se place au niveau du citoyen, du social et du bien commun. Mettons que ces entités soient des réalités, Zemmour fait ses comptes. Si les citoyens n’ont plus d’enfant, au niveau des chiffres, la population prise dans son ensemble diminue. Sa position est d’ailleurs assez banale et nous avons déjà entendu les éminents responsables de l’état s’alarmer du taux de fécondité en France. A commencer par de Gaulle et Giscard d’Estaing !

Mais ce n’est justement pas sur ce plan là que se place Maier. Ne pas avoir d’enfants peut représenter un suicide du « social » pour certains. Mais en réalité, le trait a tellement été grossi par Zemmour qu’il est évident que le social, s’il existe, a une vie indépendante de la présence ou non d’enfants. A ce régime, il suffit de trois personnes pour fabriquer du social, nul besoin qu’il s’agisse d’enfants. Donc, le suicide du « social » n’existe pas, le « social » est en quelque sorte éternel.

Si bien que, Maier ne l’a pas souligné mais il est probable qu’elle soit assez d’accord, ce serait plutôt le fait de ne pas avoir d’enfants qui protège du suicide. Et là, l’expérience de la clinique en psy vient à notre soutien. La conception, la grossesse et l’accouchement sont de rudes épreuves pour une femme. Sabina Spielrein1 la première, une analyste formée par Jung et Freud, a montré combien la grossesse peut déclencher des vœux de morts de la mère envers son enfant. En entretien, la présence d’un enfant pour une femme peut être une source de persécution ou de délire et conduire cette mère à un passage à l’acte suicidaire. Les exemples ne font pas défaut sur ce point. C’est payer cher la contribution d’une femme à la « société ». Dans ces cas, ce serait plutôt de se soumettre à cet idéal de la « société » qui pousse à l’acte suicidaire des mères en détresse.

No kid = no suicide !

1- Sayers, Les mères de la psychanalyse, Paris, PUF, 1991

2/20/2007

Marcel Rufo sur le deuil impossible des parents d'un enfant suicidé

Lors d'une interview à la radio Suisse Romande, Marcel Rufo fait une miniscule commentaire sur le deuil impossible des parents d'enfant suicidé. Il avance l'idée que ce deuil est impossible dans la mesure où, l'enfant étant idéalisé par ce parent, ce dernier peut avoir souhaité auparavant la mort de son enfant. Ce que Rufo propose serait alors de laisser s'exprimer cette agressivité envers l'enfant mort. Il est possible d'écouter l'interview (émission du 15 02 2006, Comment faire face au deuil?). Son commentaire indique une lecture freudienne du deuil appliquée au thème en question. Rufo a un certain talent pour parler clairement des questions complexes... Mais, cela ressemble un peu à une recette du genre: y'a qu'à !